Microjoule : du gaz naturel pour aller plus loin et plus propre

16/06/2016 Philippe SCHWOERER Véhicule GNV, Interview 0 commentaire(s)
Microjoule : du gaz naturel pour aller plus loin et plus propre
Depuis une trentaine d’années que le projet pédagogique Microjoule existe, Philippe Maindru l’a fait évolué régulièrement employant successivement, au fil des saisons sportives, du gazole, de l’essence, de l’éthanol... et désormais du gaz naturel comprimé.
 

Avec le Shell Eco-marathon

Microjoule est né avec le premier Shell Eco-marathon européen organisé par la compagnie pétrolière à la coquille. L’épreuve consiste à parcourir la plus longue distance en un temps donné avec l’équivalent énergétique d’un litre de SP 95. La vitesse moyenne à tenir tourne autour des 25 km/h, pour une distance de 20 kilomètres. Les engins engagés, prototypes ou UrbanConcept, se répartissent entre 2 classes : moteur à combustion, mobilité électrique. Les organisateurs calculent leur efficacité énergétique, et nomment un vainqueur pour chaque catégorie et chaque classe d’énergie. Le prototype Microjoule, qui a déjà été décliné en 8 générations, est présenté par le lycée professionnel St-Joseph-la-Joliverie de Saint-Sébastien-sur-Loire (44), dans les environs de Nantes, parmi les véhicules animés par un moteur à combustion.

Microjoule à l’origine d’une nouvelle catégorie

Enseignant en moteurs et thermodynamique au lycée de la Joliverie, Philippe Maindru est en quelque sorte le père du Microjoule. Il est en tout cas à l’initiative du projet et le suit depuis son origine. Après 30 ans à fréquenter le Shell Eco-marathon européen, il n’hésite pas à faire évoluer l’épreuve s’il le faut. Ainsi a-t-il programmé une séance de démonstration en 2014 à destination des organisateurs, pour que l’année suivante soient acceptés les engins alimentés au gaz naturel. « Cette catégorie, qui monte en puissance, est celle qui demande le plus de compétences », commente l’enseignant par vocation, passionné de pédagogie différenciée, et de courses automobiles depuis qu’il a assisté pour la première fois, en 1958, aux 24 Heures du Mans.


 

Un engin qui gagne

Dans leur dossier de presse, les organisateurs du Shell Eco-marathon européen, qui se tiendra pour la première fois à Londres (Grande-Bretagne) du 30 juin au 3 juillet 2016, rappellent le palmarès de l’équipe de la Joliverie : barre symbolique des 1.000 kilomètres au litre pour la première fois franchie en 1988 (1.137 km), les 2.000 km dépassés en 1999 (2.227 km/l), record détenu depuis 2009 sur prototype à essence (3.771 km/l), « vainqueur à 21 reprises toutes catégories confondues (pour 29 participations), dont 13 victoires avec le véhicule Microjoule ». Etait-il pensable que la Joliverie fasse fausse route en passant au GNV, alors que ses acteurs sont sur la première marche du podium depuis 2006 ? Bien sûr que non : 2.551,8 km/l, devant 2 autres concurrents ! En 2016, la catégorie accueille une dizaine d’équipages.

3 grammes pour 20 km

La chaîne d’alimentation au GNV du Microjoule ne pèse pas plus de 2 kilos, qui comprend principalement le détendeur, l’injecteur et le réservoir. Ce dernier, d’une contenance de 2 litres, reçoit, via détendeur, 70 grammes de GNV comprimé à 70 bars, d’une bouteille de 20 litres à 200 bars. Pour effectuer 20 kilomètres, Microjoule se contente de 3 grammes de GNV. Pourquoi le gaz ? « Dans les carburants fossiles, le gaz est l’une des possibilités exploitables pour les transports », répond Philippe Maindru. Lui qui est sensible à l’idée « de vivre sans pétrole » évoque les nombreuses possibilités de produire du méthane ou du BioGNV, « via la biomasse, pour un bilan carbone proche de zéro ». Déjà, « en l’obtenant de façon conventionnel, le GNV produit 25% de CO2 en moins que l’essence », rapporte-t-il. « C’est le carburant qui rejette le moins de polluants, parce qu’il est possible d’intervenir à tous les états de la combustion, et quel que soit le régime du moteur, à fond comme au ralenti », souligne Philippe Maindru, évoquant le scandale Volkswagen qui a mis au jour l’impossibilité de procéder de la sorte avec le gazole ou l’essence.
 

Projet pédagogique

« L’objectif du Shell Eco-marathon depuis sa création est de permettre aux étudiants de concevoir, construire et faire concourir les véhicules les plus performants possibles en matière d’efficacité énergétique », indique le DP 2016 du Shell Eco-marathon européen. A croiser avec ce que l’on peut lire sur le projet Microjoule depuis le site de l’établissement scolaire : « Microjoule est né en janvier 1984. C’est avant tout un projet pédagogique qui permet de faire travailler les étudiants du BTS moteur à combustion interne du lycée St-Joseph-la-Joliverie sur un support écologique, dans un contexte de compétition internationale (le Shell Eco-marathon ou l’Educ Eco) et dans une double démarche expérimentale et de qualité ».
 

Une centaine de jeunes

« Une centaine de jeunes entourent chaque année le Microjoule, n’hésitant pas à travailler jusque tard les mercredis et à consacrer plusieurs samedis par an au projet, sans voir passer les heures », se réjouit Philippe Maindru. « Au terme de leur première année, les étudiants ont envie de continuer à s’investir sur Microjoule », poursuit-il, précisant que « le projet nécessite chaque année environ 10.000 heures de mobilisation ». Au-delà du véhicule lui-même, ce sont les moyens de le développer et de l’améliorer qui ont été conçus en interne : « Nous disposons de 13 bancs d’essai ». L’enseignant complète : « Il n’y a pas une pièce du Microjoule qui n’a pas son banc d’essai ; nous sommes capables de chiffrer précisément les gains ou les pertes pour l’utilisation de chacune ».

Esprit de partage

Pour Philippe Maindru, « l’esprit de partage est essentiel ». En rencontrant d’autres étudiants de l’Europe entière via la participation à des épreuves comme le Shell Eco-marathon ou le challenge Educ Eco, dont la dernière édition s’est tenue du 19 au 21 mai dernier sur le Circuit Nungesser du stade du Hainaut, à Valenciennes (59). Mais aussi en développant des engins avec d’autres établissements. Microjoule, Polyjoule et Cityjoule - 2 véhicules électriques alimentés par une pile à combustible hydrogène -, embarquent également des étudiants de Polytech’Nantes (campus Nantes et Saint-Nazaire), en visant « la réussite collective dans un contexte d’innovation et de responsabilité », précise l’enseignant.
 

Découvrir ses propres capacités

Parmi les satisfactions que peut ressentir Philippe Maindru autour du Microjoule, au-delà des victoires collectionnées, il y a celle de « permettre à des jeunes d’exploiter un potentiel et des capacités qu’ils découvrent à travers le projet ». Et tout cela dans le plaisir ! « Plaisir que les jeunes éprouvent en rejoignant l’établissement scolaire, et plaisir pédagogique au quotidien des enseignants qui les encadrent ». Pour notre interviewé, « des jeunes qui sont passés par ce type de projets sont ensuite professionnellement plus créatifs et plus performants ». Au final, « l’industrie française s’y retrouvera », plaide-t-il. Microjoule permet plus globalement de faire « changer le regard », s’enthousiasme Philippe Maindru, « des médias, et du monde politique, par exemple ».
 

Soutiens et partenaires

« Microjoule bénéficie du soutien des fonds européens, et institutionnels de la région Pays-de-la-Loire ; pour cette dernière, c’est l’un des plus gros projets pédagogiques de son territoire », expose Philippe Maindru. « Des entreprises, dont GRTgaz, séduites par le véhicule et la philosophie qui l’entoure, l’accompagnent également, soit par l’octroie de subventions, soit en fournissant des pièces spécifiques », poursuit-il. « En l’état, la technologie exploitée par Microjoule n’est pas applicable à l’automobile », avoue l’enseignant. « En revanche, la démarche d’éco-conduite, la recherche sur l’efficience des systèmes de propulsion et la réflexion sur la maîtrise de l’énergie le sont », souligne-t-il.
 

Entre 2 épreuves

Microjoule est actuellement entre 2 épreuves. L’engin ressort du challenge Educ Eco où il a connu le premier abandon de sa carrière : sortie de route au deuxième tour de la première tentative du fait d’un manque de freinage pour négocier une nouvelle descente ; un pneu crevé au deuxième essai ; problème électronique ensuite. Juste quelques semaines pour tout remettre en ordre et apporter les éventuelles modifications nécessaires, notamment pour réussir à passer la pente à 5% du circuit londonien, et nous serons début juillet, daté par le Shell Eco-marathon européen. Philippe Maindru est confiant pour cette nouvelle aventure qui marquera la deuxième participation du Microjoule dans la catégorie prototype alimenté au GNV.
 
Gaz Mobilité et moi-même remercions Philippe Maindru pour son accueil et sa disponibilité, alors même qu’il était de surveillance à des examens et loin de chez lui.
 
 
 

Tags :MicrojoulePhilippe MaindruShell Eco Marathon

Pays : France



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