En Rhône-Alpes, Suntory et Carrefour décarbonent leurs livraisons grâce au biométhane

Pour décarboner la livraison de ses boissons, Suntory Beverage & Food France a fait le choix du biométhane sur certains flux régionaux en s’appuyant sur l’un de ses plus grands clients, Carrefour. Depuis fin 2024, trois entrepôts Carrefour de Rhône-Alpes sont ainsi livrés au biométhane depuis Meyzieu, selon une logique de boucle qui limite les kilomètres à vide. Jean-Pierre Beltel, responsable distribution, et Hicham Bakhti, responsable décarbonation du transport, reviennent sur la construction de ce modèle et sur ses perspectives d’extension.
Le biométhane n’est pas pour autant notre solution unique. Nous utilisons du B100 depuis longtemps et du HVO depuis quelque temps. Nous continuons à développer le rail-route en caisse mobile. Nous avons aussi démarré un flux électrique, sur lequel nous avons moins d’expérience.
Hicham Bakhti : Aujourd’hui, nous utilisons le biométhane uniquement en région Rhône-Alpes, sur des flux plutôt locaux, accompagnés par Carrefour qui dispose déjà d’une solide expérience de cette énergie pour le transport routier.
Notre retour d’expérience a été positif : le biométhane ne dégrade ni le niveau de service ni la qualité de prestation du transporteur. Puis en 2025, l’accélération. Un deuxième flux, entre Meyzieu et l’entrepôt Carrefour de Saint-Vulbas (Ain), cette fois-ci en construisant une boucle opérationnelle avec un magasin Carrefour de la région. Cette logique de « backhauling » permet de décarboner grâce au biométhane tout en réduisant les kilomètres à vide. En 2026, c’est la pérennisation, avec l’arrivée d’un troisième flux vers un autre entrepôt Carrefour, toujours en Rhône-Alpes.
Aujourd’hui, trois entrepôts Carrefour sont donc livrés au biométhane depuis notre usine de Meyzieu. Cela représente plusieurs centaines de voyages sur une année pleine.
Jean-Pierre Beltel : Avec la boucle, nous avons quelque chose qui décarbone très bien et qui est régulier, et en supply chain, la régularité simplifie la vie. Enfin, la mise en place d’un tel projet collaboratif est aussi intéressante d’un point de vue économique.
Jean-Pierre Beltel : Nous contractons avec Carrefour Supply Chain, la branche transport du groupe Carrefour, qui a elle-même des partenariats avec des transporteurs locaux du bassin lyonnais. Sur le partage des coûts, c’est mécanique : Carrefour utilisait déjà ces véhicules pour ses propres besoins. À l’image du domaine aérien, où un avion doit toujours voler et être rempli, les camions du transporteur de Carrefour roulent mieux remplis grâce à cette boucle. Cela permet d’amortir l’investissement de base et chacun y gagne.
Je pense aussi que cette énergie a des avantages concurrentiels face à d’autres alternatives qui pourraient demain coûter plus cher ou être plus taxées. Là, on valorise des déchets, on est dans une économie circulaire, c’est logique d’y aller.
Hicham Bakhti : Le biométhane est déployable rapidement et il est très efficace. Notre expérience est très positive, depuis trois ans, et nous souhaitons aller plus loin. Les feux sont au vert !
Hicham Bakhti : Au Japon, on parle de Gemba, le terrain. C’est très important de faire de la prospection en amont : rapprochez-vous des exploitations, des entrepôts, des spécialistes du biométhane. C’est l’équilibre entre gains environnementaux, faisabilité opérationnelle et dimension économique qui garantit la pérennité.
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Pouvez-vous présenter l'organisation de votre distribution en France, et la part du transport dans vos émissions ?
Jean-Pierre Beltel : Suntory Beverage & Food France (SBFF) produit et commercialise des boissons rafraîchissantes aux fruits, avec des marques telles qu’Orangina, Oasis, Schweppes, Pulco. Une fois les produits finis fabriqués, nous déployons les stocks sur le territoire, puis nous livrons nos clients : environ 70 % des volumes vont à la grande distribution, et 30 % au hors domicile (restauration notamment), via des grossistes. Le transport des produits finis représente environ 17 % des émissions de notre scope 3.Quelle est la feuille de route de SBFF en matière d'émissions liées au transport ? Où en êtes-vous, et quelle place y occupe le biométhane ?
Jean-Pierre Beltel : Notre démarche transport s’inscrit dans la trajectoire du groupe : réduire nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2019, de 30 % sur l’ensemble de la chaîne de valeur (scopes 1, 2 et 3). Nous avons choisi de ne pas miser sur une seule technologie et d’activer plusieurs leviers en parallèle : l’optimisation des flux et des kilomètres, le report modal vers le rail-route quand c’est possible, et les énergies alternatives. L’idée est de choisir la solution la plus adaptée à chaque flux, selon trois critères : la réduction de CO2, la faisabilité opérationnelle (tout n’est pas possible partout ni tout le temps) et la pérennité économique.Pourquoi avoir choisi le biométhane pour décarboner ? Quelles autres énergies alternatives utilisez-vous ?
Jean-Pierre Beltel : Le biométhane nous a paru particulièrement intéressant pour décarboner assez facilement certains flux routiers tout en conservant notre organisation opérationnelle, calquée sur le modèle diesel. L’objectif était de substituer, pas de révolutionner. C’est une technologie mature, adaptée au transport de pondéreux, et qui réduit très significativement les émissions sur l’ensemble du cycle de vie. Cerise sur le gâteau, nous avons saisi une opportunité de collaboration avec l’un de nos plus grands clients, Carrefour, ce dont nous sommes plutôt fiers.Le biométhane n’est pas pour autant notre solution unique. Nous utilisons du B100 depuis longtemps et du HVO depuis quelque temps. Nous continuons à développer le rail-route en caisse mobile. Nous avons aussi démarré un flux électrique, sur lequel nous avons moins d’expérience.
Hicham Bakhti : Aujourd’hui, nous utilisons le biométhane uniquement en région Rhône-Alpes, sur des flux plutôt locaux, accompagnés par Carrefour qui dispose déjà d’une solide expérience de cette énergie pour le transport routier.
De gauche à droite : Hicham Bakhti, responsable décarbonation du transport et Jean-Pierre Beltel, responsable distribution
Racontez-nous la mise en place des flux au biométhane : quels axes, quelle temporalité, quelle fréquence ?
Hicham Bakhti : Fin 2025, nous avons signé avec Carrefour un SLBP (Sustainable Linked Business Plan), un accord sur la durabilité et l’extra-financier qui donne du tonus à notre collaboration et nous permet d’aller plus loin, notamment sur la décarbonation. Le déploiement s’est fait en trois étapes : d’abord l’expérimentation, avec un premier flux pilote de notre entrepôt de Meyzieu (Rhône) vers l’entrepôt Carrefour de Bâgé-la-Ville (Ain), pendant quelques mois.Notre retour d’expérience a été positif : le biométhane ne dégrade ni le niveau de service ni la qualité de prestation du transporteur. Puis en 2025, l’accélération. Un deuxième flux, entre Meyzieu et l’entrepôt Carrefour de Saint-Vulbas (Ain), cette fois-ci en construisant une boucle opérationnelle avec un magasin Carrefour de la région. Cette logique de « backhauling » permet de décarboner grâce au biométhane tout en réduisant les kilomètres à vide. En 2026, c’est la pérennisation, avec l’arrivée d’un troisième flux vers un autre entrepôt Carrefour, toujours en Rhône-Alpes.
Aujourd’hui, trois entrepôts Carrefour sont donc livrés au biométhane depuis notre usine de Meyzieu. Cela représente plusieurs centaines de voyages sur une année pleine.
Quel bilan tirez-vous de ces flux ?
Hicham Bakhti : Nous mesurons la décarbonation sur des données opérationnelles réelles : nombre de voyages, kilomètres parcourus, consommation énergétique et émissions associées. Nous comparons ensuite ces émissions à celles du même transport réalisé au gazole, sur l’ensemble du cycle de vie. Nous ne voulons pas simplement dire que le transport est vert, mais être capables de mesurer les tonnes de CO2 réellement évitées. Cela vaut pour le biométhane comme pour toutes nos autres initiatives. Le taux de réduction standard du biométhane, reconnu par l’ADEME, est de 80 %. Pour les chiffres réels 2026, il faudra attendre la fin de l’année ou début 2027.Jean-Pierre Beltel : Avec la boucle, nous avons quelque chose qui décarbone très bien et qui est régulier, et en supply chain, la régularité simplifie la vie. Enfin, la mise en place d’un tel projet collaboratif est aussi intéressante d’un point de vue économique.
Qui sont vos partenaires sur ces flux, et quel rôle joue Carrefour ?
Hicham Bakhti :La clé, c’est la co-construction et le partage d’un même objectif entre toutes les parties prenantes : le chargeur (Suntory), le transporteur et, au bout de la chaîne, le client.Jean-Pierre Beltel : Nous contractons avec Carrefour Supply Chain, la branche transport du groupe Carrefour, qui a elle-même des partenariats avec des transporteurs locaux du bassin lyonnais. Sur le partage des coûts, c’est mécanique : Carrefour utilisait déjà ces véhicules pour ses propres besoins. À l’image du domaine aérien, où un avion doit toujours voler et être rempli, les camions du transporteur de Carrefour roulent mieux remplis grâce à cette boucle. Cela permet d’amortir l’investissement de base et chacun y gagne.
Un nouveau flux est-il à l'étude, avec Carrefour ou d'autres clients ?
Jean-Pierre Beltel : Oui, c’est même plus qu’envisagé, mais de manière ciblée. Nous regardons les flux aux volumes suffisamment réguliers, surtout pour une boucle. La fréquence et le volume sont déterminants. L’approvisionnement en énergie doit aussi être sécurisé par notre partenaire : nous ne sommes pas acheteurs d’énergie mais utilisateurs de transport, donc il nous faut des partenaires solides avec un modèle en place. Le gain carbone, lui, est connu, ce qui rendra toujours le biométhane intéressant. Et la démarche collaborative expérimentée avec Carrefour est pour nous le modèle à développer. Tous les deux ans environ, nous faisons évoluer notre schéma de transport selon les impératifs économiques et de décarbonation, et nous sommes en plein dans cet exercice. Nous avons une piste pour une quatrième boucle.Qu'est-ce qui limite aujourd'hui l'extension du biométhane à d'autres flux ?
Jean-Pierre Beltel : La première barrière serait l’opportunité que notre panel de transporteurs peut nous apporter. Nous avons par exemple un gros bassin autour du Loiret, où se trouve une usine très importante, et nous savons qu’il y a une ou plusieurs unités de méthanisation dans le secteur. Nous avons posé la question aux transporteurs implantés dans la région et attendons leurs retours. Ils n’ont pas la force de frappe de Carrefour, mais comme la technologie est mature, certains réfléchissent depuis un moment à investir. Ensuite, il faut de la volumétrie dans la région et un approvisionnement en biométhane. L’Île-de-France n’étant pas loin du Loiret, nous avons de l’espoir de ce côté-là.Je pense aussi que cette énergie a des avantages concurrentiels face à d’autres alternatives qui pourraient demain coûter plus cher ou être plus taxées. Là, on valorise des déchets, on est dans une économie circulaire, c’est logique d’y aller.
Hicham Bakhti : Le biométhane est déployable rapidement et il est très efficace. Notre expérience est très positive, depuis trois ans, et nous souhaitons aller plus loin. Les feux sont au vert !
Quel conseil donneriez-vous à un chargeur qui envisage la même démarche ?
Jean-Pierre Beltel : Être curieux et se renseigner. Cela prend du temps de construire un modèle comme celui-ci, qui satisfait tous les partenaires et coche toutes les cases, mais c’est du temps gagné pour la suite.Hicham Bakhti : Au Japon, on parle de Gemba, le terrain. C’est très important de faire de la prospection en amont : rapprochez-vous des exploitations, des entrepôts, des spécialistes du biométhane. C’est l’équilibre entre gains environnementaux, faisabilité opérationnelle et dimension économique qui garantit la pérennité.
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