Vers un retour de la voiture GPL en France pour une mobilité plus propre

Vers un retour de la voiture GPL en France pour une mobilité plus propre
Si la filière GPL fait aujourd’hui moins de bruit que l’électrique, elle représente une alternative au diesel ou à l’essence qui pourrait bien être de plus en plus mise en avant en France. Directeur général du CFBP, Joël Pedessac explique pourquoi. 

CFBP

Le CFBP, c’est le Comité Français du Butane et du Propane, les 2 gaz qui entrent dans la composition du GPL, ce carburant utilisé depuis des dizaines d’années dans nombre de voitures à motorisation essence. Point de constructeurs automobile parmi les membres de l’organisme, mais des distributeurs de gaz (Antargaz, Butagaz, Primagaz, Finagaz), auxquels se sont associés des transporteurs (E-b-Trans, GCATrans, Samat et SNCF Fret), des fabricants de matériel de stockage et/ou de services associés, et divers autres acteurs concernés par la filière.

Sur son site Internet, le CFBP indique clairement quelles sont les missions qui lui sont attribuées : « représenter ses adhérents auprès des pouvoirs publics afin de défendre leurs intérêts ; participer aux travaux de normalisation à l’échelon national, européen et mondial ; prendre part à l’évolution des techniques et de la réglementation régissant les GPL ; contribuer à l’amélioration de la sécurité des équipements et des installations ; organiser des actions de formation professionnelle spécifiques aux métiers des GPL ; mettre à la disposition de ses adhérents des informations statistiques, économiques et techniques sur les GPL ; promouvoir les produits de la filière GPL ».

A oublier

La filière du GPL s’est à une époque retrouvée quelque peu plombée par différentes affaires et quelques obstacles qui ont pu faire fuir bien des automobilistes. On oublie les rares voitures qui ont explosé, les pompes situées à l’écart dans les stations, les restrictions d’accès dans les parkings souterrains, l’impossibilité de régler son plein par carte bancaire 24/7, les réservoirs à changer et faire éprouver régulièrement, l’obligation d’avoir recours à une entreprise agréée pour travailler sur la chaîne d’alimentation GPL, etc. ! 

Pas mal de choses ont changé, sans que l’on s’en aperçoive, et en particulier ces 5 dernières années. De quoi redonner confiance dans une offre en carburant déjà existante, compétitive, éprouvée, sans limite d’autonomie, avec un réseau d’avitaillement déjà en place et suffisamment dense… pour rouler plus vertueusement avec de classiques voitures à essence simplement équipées d’un peu de matériel supplémentaire.

Et 2040 ?

Quand le gouvernement parle d’interdire la commercialisation des voitures à essence ou au gazole d’ici 2040, c’est le carburant même qui est visé, d’origine pétrolière, du fait de son impact agressif sur l’environnement et la santé publique. Mais pas la technologie ! Surtout s’il est possible de l’exploiter avec des produits bien plus doux. 

En la matière, ce qui est valable pour le GNV l’est aussi pour le GPL, les deux filières pouvant toutes les deux se développer à partir de solutions de motorisation déjà existantes. Pour l’automobiliste, le plus du GPL est d’être déjà disponible dans toute la France sans bouleversement des habituels scénarios d’approvisionnement en carburant. 

« On compte en Europe 35.000 points de livraison GPL, dont 1.750 en France. Sur ces 1.750 points, entre 550 et 600 sont installés dans les stations-service des enseignes de la grande distribution, de 300 à 400 dans les stations d’autoroutes », chiffre Joël Pedessac (photo ci-contre) qui souligne que « toutes les stations sur autoroute délivrent désormais du GPL ». Notre interlocuteur certifie que le CFBP veille à ce que le nombre de points reste stable. « Si une station ferme, comme ça arrive fréquemment du fait, par exemple, de restructurations programmées par les pétroliers, nous en cherchons une autre prête à délivrer du GPL, pour compenser ».

A partir de matières renouvelables

GPL signifiant « Gaz de pétrole liquéfié », on pourrait être tenté de croire qu’il n’aurait pas plus d’avenir que l’essence ou le gazole. A la question « Le GPL est-il vraiment moins polluant ? », le site Internet du CFBP répond : « Le GPL ne contient ni benzène, ni soufre et ne produit pas de particules. Par rapport aux carburants conventionnels, le GPL réduit significativement les polluants (CO, CO2, hydrocarbures...) : le GPL est le carburant le moins polluant aujourd’hui disponible en stations-service ». Ce produit est obtenu du gaz naturel pour plus de 60%, verdissant la filière par une origine renouvelable qui se développe.

24/7

Si autrefois il pouvait être compliqué de s’approvisionner en GPL de nuit, les dimanches et jours fériés, « c’était en raison d’une exigence des pouvoirs publics qui imposaient la présence de personnel dans la station pour distribuer du GPL, comme c’est encore le cas en Italie même pour l’essence ou le gazole », explique Joël Pedessac. 

Depuis 4-5 ans, on peut s’approvisionner 24/7 avec une carte bancaire lorsque les pompes sont prévues pour cela. Preuve que la distribution de ce gaz de pétrole liquéfié a acquis une confiance des pouvoirs publics quant à son utilisation et sa distribution : « les pompes qui le distribuent ne sont plus isolées à un bout de la station, mais de plus en plus dans un appareil qui délivre également du gazole ou de l’essence », commente le DG du CFBP.

Moins de contraintes

Autrefois, la durée de vie des réservoirs GPL était limitée. Il fallait donc les changer 1 ou 2 fois dans la vie d’une voiture équipée et les faire éprouver régulièrement. « Ce n’est plus la cas depuis 2001 ! », affirme Joël Pedessac. 

Autre évolution, « alors qu’il fallait absolument confier la monte et l’entretien du système GPL à un établissement agréé, on parle aujourd’hui de compétences : n’importe quel garagiste qui a les compétences suffisantes en carrosserie, électricité automobile, et mise au point moteur peut intervenir, au besoin en s’informant auprès des fournisseurs des équipements concernés », détaille notre interlocuteur.

Rebond dans l’offre en voitures neuves

Depuis 4 ou 5 ans, la vie est plus facile pour les utilisateurs de voitures alimentées au GPL. Pourtant, cette période coïncide avec une offre plus chiche de la part des constructeurs. « Fiat et Opel proposent encore des voitures GPL à leur catalogue, mais assez timidement. Tous les constructeurs ont dans leur gamme une offre GPL disponible quelque part en Europe, mais pas forcément chez nous. Si l’on prend PSA, par exemple, une Citroën C3 existe en France, mais aucune Peugeot ! », se désole Joël Pedessac. 

Le changement de gouvernement qui espère s’appuyer sur plusieurs formes d’alternatives au pétrole dans sa lutte contre la pollution et les problèmes de santé publique dus aux émissions des transports devrait modifier la donne. Des constructeurs envoient déjà de nouveaux messages interpelant : « Les Fiat GPL sont au prix des modèles essence, Dacia propose une monte d’origine sur toute sa gamme », illustre le DG du CFBP.

Des voitures même à petit prix

« Si on prend Dacia, on peut aujourd’hui acheter un modèle neuf équipé au GPL pour 10.000 euros. En occasion, une Sandero de 2008 qui permet de rouler dans les zones à circulation restreinte mises en place lors des pics de pollution coûte tout au plus 3.000 euros », chiffre Joël Pedessac. 

« Nous avons établi un protocole de partenariat avec Elite Auto. Cette opération est une opportunité pour mettre en avant les modèles GPL auprès des clients du mandataire automobile », poursuit-il. « Pour nous, la technologie concurrente, c’est principalement le diesel », estime-t-il. « A l’usage, le coût d’un véhicule GPL est similaire à celui d’un diesel, et 30% plus avantageux que le modèle essence équivalent », certifie-t-il. « Aujourd’hui, le GPL est à environ 0,70 euros le litre, soit à peu près 50% du prix du litre d’essence, avec une fiscalité qui devrait s’alourdir pour l’essence et le gazole », prévoit le DG du CFBP.

Conversion

Sur les 35 millions d’automobiles en circulation en France actuellement, 16 millions sont alimentées à l’essence. Le marché de la conversion est donc immense ! Nombre de voitures vont connaître la casse car écartées de la circulation dans les zones d’accès restreints lors des pics de pollution. Beaucoup, à condition d’être équipées d’un moteur en parfait état et peu kilométré, pourraient connaître une seconde vie en recevant un système d’alimentation au GPL. 

« La conversion, - ou retrofit, seconde monte ou encore after market -, concerne 90% des voitures GPL en circulation », commente Joël Pedessac. « Seulement quelques centaines de véhicules ont été ainsi transformés en France l’année dernière, contre 100.000 en Italie ! », compare-t-il. Une conversion de qualité nécessite un budget somme toute raisonnable, de l’ordre de 2.000 euros, qui comprennent la réception du véhicule à titre isolé auprès de la Dreal. « Les Italiens savent faire pour 1.500 euros », précise notre interlocuteur. Ce prix plus serré témoigne de la vivacité du marché de l’autre côté des Alpes et promet pour la France un coût d’installation abaissé en cas de multiplication des demandes.

Des projections ?

En dépit de signaux qui passent au vert pour la filière GPL, Joël Pedessac ne souhaite pas dresser de projections : « C’est assez compliqué de le faire en général au sujet des énergies alternatives, car l’évolution est très dépendante des pouvoirs publics »

Ce qu’il peut dire, c’est que « le GPL représente aujourd’hui en France 0,2% du marché des carburants ». En 2016, on comptait environ 210.000 véhicules GPL en circulation sur un parc automobile de 35 millions d’unités. « Entre 2008 et 2010, 100.000 voitures GPL de plus ont été vendues car l’Etat avait poussé en ce sens », rapporte notre interlocuteur. « Le marché pourrait exister très rapidement : les constructeurs savent faire, le réseau de distribution du carburant est là, nombre d’automobilistes seraient prêts à s’y mettre », assure-t-il. Dans les mois qui viennent, tout au plus sous 2 ans, on y verra bien plus clair dans le rôle que les pouvoirs publics voudront bien donner au GPL.

Gaz Mobilité et moi-même remercions Joël Pedessac pour sa très grande réactivité et le temps pris pour répondre avec précision à nos interrogations.

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1 Commentaire

  1. HectorPublié le 03/09/2017 à 11:10

    L’affirmation "le GPL [...] ne produit pas de particules" est fausse.
    www.adac.de/infotestrat/tests/eco-test/detail.aspx?IDMess=4021&info=Dacia+Logan+MCV+TCe+90+LPG+Start%26Stop+Laureaté+(Autogasbetrieb)
    Partikelmasse: 1,0 mg/km
    Partikelanzahl: 4,40634 10¹¹/km

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