Interview

Pyrogazéification : « Le plus gros enjeu, c'est le modèle d'affaires »

Pyrogazéification : « Le plus gros enjeu, c'est le modèle d'affaires »
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Sélectionnée par l’appel à projets de GRDF, Charwood Energy veut valider l’injection de biométhane issu de pyrogazéification dans les réseaux. Son fondateur et président, Adrien Haller, détaille les enjeux techniques, économiques et stratégiques de cette filière encore émergente.

Qu’est-ce que la pyrogazéification ?

La transformation énergétique de la biomasse repose sur deux grandes voies : la voie biologique et la voie thermochimique. La voie biologique, c’est la méthanisation que l’on connait.

La voie thermochimique se décline, elle, en deux grandes catégories : une voie oxydante (en excès d’oxygène), qui correspond à la combustion — notamment utilisée dans les chaudières bois — et une voie réductrice (en défaut d’oxygène). Cette seconde catégorie regroupe les technologies de pyrogazéification.

Ces technologies se subdivisent elles-mêmes en deux procédés : la pyrolyse, réalisée en absence totale d’oxygène avec apport externe de chaleur, et la gazéification, qui fonctionne avec un apport contrôlé d’oxygène.

Pour résumer, la pyrogazéification permet de transformer des matières solides — idéalement renouvelables — ou des déchets en gaz de synthèse, appelé syngas (pour synthetic gas).

Quelle est la matière première utilisée ?

La ressource principale est le bois. Soit du bois forestier issu de l’élagage ou du recyclage, soit des bois B, donc faiblement peints, encollés, traités ou adjuvantés, soit demain des CSR, des combustibles solides issus du recyclage. Cela peut être des meubles IKEA à broyer, des canapés avec mousse, textile et plastique, mélangés dans un combustible homogène appelé CSR.
 

Vous avez été sélectionné dans le cadre d’un appel à projets lancé par GRDF. Quelle est la complexité d’injecter dans le réseau ?

La différence majeure entre le biogaz issu de la méthanisation et le syngas, c'est la composition. Quand vous faites de la méthanisation agricole ou industrielle, vous sortez un biogaz qui est nativement un mélange de CH4, donc de méthane, et de CO2. Il y aussi un peu de vapeur d'eau et d'hydrogène sulfuré (H2S), mais qui sont assez simples à séparer.

Quand vous faites du gaz de synthèse, la majeure partie du pouvoir calorifique est sous forme de CO et d'H2. Ces gaz ne sont pas directement compatibles avec les spécifications du réseau. Il faut combiner le CO et l'H2 pour en refaire du CH4 et du CO2. On revient ensuite sur l'étape de séparation pour aller vers le réseau. C'est le couplage de cette brique de production de syngas et de cette brique de méthanation qui est à l'étude dans le projet avec GRDF.

Au-delà de la technique, la principale difficulté demeure économique et réglementaire. À ce jour, aucun cadre tarifaire spécifique ne permet d’encadrer l’injection de biométhane issu de la pyrogazéification. Si l’objectif national de 100 % de gaz vert à horizon 2050 ouvre des perspectives, le modèle économique reste à construire.


L’enjeu est donc davantage économique que technique ?

Oui. Même si on parvient à démontrer que l’injection fonctionne – et on va y arriver – c’est surtout le modèle d’affaires qui pose problème.

Contrairement aux projets de méthanisation, qui bénéficient d’un cadre réglementaire stabilisé et de tarifs d’achat définis, la pyrogazéification ne dispose aujourd’hui d’aucun dispositif équivalent. Les porteurs de projet doivent donc envisager des contrats de gré à gré, impliquant des acheteurs prêts à payer un prix supérieur au marché. Si on veut que cela fonctionne, il faudrait que ce soit un peu subventionné, du moins au départ. Sinon, les modèles d'affaires vont avoir du mal à décoller.

Le cadre réglementaire soulève également des interrogations. Aucune rubrique ICPE spécifique ne couvre aujourd’hui clairement les installations combinant gazéification et méthanation, ce qui crée une incertitude supplémentaire pour les développeurs.
A propos de Charwood Energy
Fondé il y a près de vingt ans, Charwood Energy se positionne comme un acteur de la valorisation énergétique des biomasses. Le groupe développe des solutions permettant de transformer différentes ressources organiques en énergie, qu’il s’agisse de chaleur, de gaz renouvelables ou d’autres formes de valorisation énergétique.
Historiquement spécialisé dans la combustion de biomasse, Charwood Energy conçoit et réalise des réseaux de chaleur et des chaufferies bois pour des clients industriels, des collectivités et des donneurs d’ordres publics ou privés. L’entreprise est également active dans le secteur du biogaz et de la méthanisation. Elle intervient sur différents lots techniques, notamment les réseaux de tuyauterie, le câblage, les systèmes d’épuration, les équipements de pompage, de broyage ou encore d’hygiénisation.
Charwood Energy dispose par ailleurs d’un centre de recherche et développement dédié aux gaz renouvelables et à leurs usages, ainsi que d’une activité de détention et d’exploitation d’actifs. En partenariat avec le Fonds Eiffel Gaz Vert, le groupe a créé W&nergy – pour Wood, Waste et West – en référence à son ancrage territorial en Bretagne.

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