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Des biodéchets au bioGNV : avec ses unités compactes, Tryon installe la méthanisation au coeur des villes

Des biodéchets au bioGNV : avec ses unités compactes, Tryon installe la méthanisation au coeur des villes
Illustration : unité Modul'O Yvelines - Source : Tryon Environnement
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Face aux nouvelles obligations de tri et de valorisation des biodéchets, Tryon Environnement défend un modèle inédit. L’entreprise développe des unités de méthanisation compactes, installées au cœur des bassins de production. Objectif : traiter localement les déchets alimentaires et produire une énergie renouvelable immédiatement valorisée sur le territoire.

D’un modèle d’enfouissement à la valorisation

« Aujourd’hui, la plupart des déchets produits en France finissent dans les filières de destruction. Et le plus souvent en enfouissement plutôt qu’en incinération, car c’est ce qui coûte le moins cher », introduit Sébastien Gacougnolle, co-fondateur de Tryon, rencontré lors d’un événement organisé par GRDF en marge du Salon de l’Agriculture.

Longtemps, l’économie a freiné le tri. « Au début de la filière, c’était compliqué parce qu’il y avait l’obligation de tri. Économiquement, les acteurs n’étaient pas intéressés par la valorisation. » Aujourd’hui, la donne a changé grâce à la fiscalité environnementale. « La TGAP (taxe générale sur les activités polluantes, ndlr) est venue appliquer un principe de pollueur-payeur », pointe notre interlocuteur. « Le coût de traitement des ordures ménagères est devenu plus cher que le coût de valorisation. C’est ce qui permet aujourd'hui à la filière de se structurer. »

Maîtriser la qualité du gisement : un impératif technique majeur

Restaurants, supermarchés, industries agroalimentaires, ménages… la France produit chaque année près de 10 millions de tonnes de biodéchets alimentaires. Un gisement considérable, encore largement sous-exploité. Mais traiter les biodéchets alimentaires ne s’improvise pas.

Première contrainte : les SPAN 3 (sous-produits animaux), qui désignent la viande, le poisson, le lait ou les œufs et nécessitent un processus d’hygiénisation spécifique. « Il faut porter la matière à 70 degrés pendant une heure, ce qui implique une dépense énergétique importante », souligne le responsable de Tryon.

Deuxième contrainte : les emballages et les erreurs de tri. « Même un restaurant qui trie très bien, il reste quand même des sacs plastiques. » Le déconditionnement devient donc indispensable.

« La machine va ouvrir le contenant et séparer d’un côté les indésirables et, de l’autre, la matière organique, que l’on transforme en une sorte de purée », résume le responsable.

Un modèle intégré : du déchet à l’énergie en circuit court

Là où certains méthaniseurs travaillent avec des sociétés tierces pour réaliser le prétraitement des biodéchets alimentaires, Tryon Environnement opte pour une solution à 100 % intégré. « Notre principe est de rassembler sur un seul et même site l’activité déchet et l’activité énergie afin de simplifier la chaîne logistique. »

Un modèle qui permet à la fois de réduire les transports et de favoriser l’emploi local.. « On s'inscrit dans cette logique d'une installation qui est plus à taille humaine, qui va venir répondre à un vrai service de la collectivité ».

Mise en service en 2021, Modulo’Yvelines est la première unité de Tryon. Elle traite environ 10 000 tonnes de biodéchets par an pour une production annuelle de l’ordre de 10 GWh, soit l’équivalent de la consommation de 4 000 habitants chauffés au gaz ou de 40 bus fonctionnant au bioGNV.
 
Des unités compactes adaptées aux zones urbaines
Pour mieux répondre aux contraintes des collectivités, Tryon développe des installations compactes, intégrées dans un bâtiment fermé et adaptées aux zones urbaines ou périurbaines où la recherche de foncier peut s’avérer compliquée. C’est la raison pour laquelle l’entreprise a misé sur des silos plutôt que les grands dômes utilisés en méthanisation agricole.

Une collecte intégrée avec des camions au bioGNV

Dans les Yvelines, Tryon Environnement dispose de sa propre flotte de BOM au bioGNV pour collecter les déchets des environs

Si ce n’était pas son idée de départ, Tryon Environnement a choisi d’internaliser sa collecte. « On s’y est mis car les opérateurs ne nous donnaient pas assez de déchets », reconnaît notre interlocuteur. 

L’entreprise a ainsi constitué sa propre flotte de camions fonctionnant au bioGNV. Une évidence compte tenu de l’activité du site. Sur place, une station privative fournie par Cirrus Compresseurs permet d’alimenter les véhicules en charge rapide.

Pour la collecte, les bennes 12 tonnes sont en passe de devenir le « nouveau standard » de Tryon. L’entreprise en a commandé 5, des Iveco Eurocargo GNC récemment réceptionnés sur site et pas encore entièrement floqués lors de notre passage. « Nous avions une benne 19 tonnes mais on s’est aperçu qu’elle n’était jamais remplie. En Ile-de-France, on passe plus de temps dans les bouchons qu’à collecter. Le 12 tonnes, c’est un bon compromis qui nous permet à la fois d’aller en centre-ville et de remplir une certaine charge » justifie le co-fondateur de Tryon.



Pour renouveler et étendre sa flotte, Tryon Environnement mise sur des bennes 12 tonnes. Sur son site des Yvelines, l'entreprise a récemment reçu 5 nouveaux Iveco Cargo.

Un développement en France… et à l’international

Si l’unité Modul'O Yvelines reste la seule actuellement en service, Tryon Environnement entend désormais accélérer pour dupliquer son modèle. « L’objectif est de mettre en service quatre à cinq sites par an au cours des trois prochaines années » chiffre notre interlocuteur. « On va aussi aller regarder à l'étranger et se diversifier en proposant des solutions à d'autres exploitants ».

« Pour la France, on a Le Mans, Limoges, Rouen et Rennes qui sont actuellement en développement » liste Sébastien Gacougnolle. « Au Mans et à Limoges, on a mis les premiers coups de pioche en février », complète-t-il. Point notable : ces nouveaux sites pourraient être adossés au déploiement de stations bioGNV semi-publiques, notamment au Mans où la Métropole aurait déjà manifesté son intérêt.

Pour limiter les haut-le-pied et simplifier sa logistique, Tryon Environnement dispose de sa propre station sur site avec deux points de distribution et de la charge rapide.

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