Biométhane : quels sont les différents types de méthanisation ?

Biométhane : quels sont les différents types de méthanisation ?
La biométhanisation connaît un essor remarquable en France : fin 2025, le pays comptait plus de 800 installations pour environ 15,6 TWh de capacités d’injection, avec un objectif fixé par la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) à 44 TWh d’ici 2030. Selon le type d'intrant principal et les acteurs concernés, elle se décline en cinq variantes distinctes.

SOMMAIRE

Comment fonctionne la méthanisation ?

Avant de détailler les cinq types de méthanisation, un rappel du principe de base est utile : la méthanisation, aussi appelée digestion anaérobie, est un phénomène naturel de décomposition de la matière organique par des bactéries, en l’absence d’oxygène. Il se produit spontanément dans certains milieux (marais, intestins des ruminants) et peut être reproduit de manière contrôlée dans une cuve hermétique appelée digesteur ou méthaniseur, chauffée à environ 38 °C. Les déchets organiques introduits dans le digesteur, appelés intrants, sont dégradés par les bactéries en plusieurs jours, ce qui produit deux résultats :
  • Le biogaz, un mélange composé en moyenne de 50 à 70 % de méthane (CH4) et de CO2, avec quelques traces d’autres composés (azote, sulfure d’hydrogène, vapeur d’eau) ;
  • Le digestat, un résidu semi-liquide riche en matière organique, valorisable comme engrais naturel pour l’agriculture.
Le biogaz peut ensuite être valorisé de deux façons :
  • Directement, en cogénération, pour produire de l’électricité et de la chaleur ;
  • Épuré, en lui retirant le CO2 et les autres composés indésirables, pour obtenir du biométhane, un gaz aux propriétés quasiment identiques au gaz naturel fossile. Une fois odorisé (pour des raisons de sécurité, le biométhane étant naturellement inodore comme le gaz naturel), il peut être injecté dans le réseau de gaz existant pour chauffer des logements, ou utilisé directement comme carburant pour les véhicules : c’est le bioGNV.
Ce qui distingue les cinq types de méthanisation présentés ci-dessous, ce n’est donc pas le principe technique - toujours le même - mais la nature des intrants utilisés et le type d’acteur qui porte le projet.

1. Méthanisation Agricole : l'énergie des terres cultivées

Comme son nom l'indique, la méthanisation agricole met en avant le potentiel énergétique des exploitations agricoles. Elle se décline en deux catégories :
  • La méhanisation dite "autonome" qui, portée par un ou plusieurs exploitants agricoles ou une structure en leur possession, méthanise plus de 90 % de matières issues de leurs exploitations sans intrants externes supplémentaires.
  • La méthanisation agricole territoriale : également portée par des collectifs d'agriculteurs, celle-ci intègre plus de 50 % de matières agricoles mais fait aussi appel à d'autres déchets du territoire pour fonctionner.

2. Méthanisation des Boues de STEP : Transformation des eaux usées

Les boues de stations d'épuration (STEP), résidus organiques issus du traitement des eaux usées, offrent un potentiel de valorisation considérable. Traditionnellement incinérées, stockées, ou épandues, elles peuvent désormais être méthanisées pour une exploitation énergétique et environnementale optimale.

La méthanisation des boues permet ainsi de réduire en moyenne 40 % des déchets à traiter tout en réduisant fortement les nuisances olfactives.

3. Méthanisation des déchets ISDND : Réduire l'impact des décharges

Les Installations de Stockage des Déchets non Dangereux (ISDND), plus connues sous le nom de décharges, se distinguent nettement des quatre autres types présentés dans ce dossier : il ne s’agit pas d’introduire volontairement des intrants dans un digesteur, mais de capter le méthane produit naturellement par la décomposition progressive de la fraction organique des déchets enfouis. On parle alors de « biogaz fatal », par opposition au biogaz volontairement produit dans un méthaniseur.

Concrètement, un réseau de puits et de drains est installé au fur et à mesure du remplissage des casiers de la décharge, puis relié à un poste d’aspiration qui met l’ensemble en dépression pour récupérer le gaz. Cette opération est une obligation réglementaire depuis un arrêté de 1997 : chaque casier doit être équipé d’un système de dégazage au plus tard un an après son comblement, afin d’éviter que ce puissant gaz à effet de serre ne s’échappe dans l’atmosphère. Le gaz capté est ensuite soit valorisé (production d’électricité, de chaleur, ou épuration en biométhane injecté au réseau), soit détruit par combustion dans une torchère lorsque les volumes excèdent les capacités de valorisation ou lors des opérations de maintenance.

Autre différence avec la méthanisation classique : le biogaz issu d’une ISDND est généralement moins riche en méthane (souvent inférieur à 50 %) que celui produit dans un digesteur maîtrisé (55 à 75 %), du fait de conditions de fermentation moins homogènes et moins contrôlées. Cela rend son épuration en biométhane plus complexe et nécessite des technologies spécifiques. Cette valorisation représente une stratégie de gestion durable doublement utile : elle produit de l’énergie renouvelable tout en évitant le relâchement direct de méthane dans l’atmosphère, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est nettement supérieur à celui du CO2 sur le court terme. 

4. Méthanisation Industrielle : valoriser les déchets complexes

Menée par des développeurs de projet ou des industriels eux-mêmes, la méthanisation industrielle regroupe les unités portées par des entreprises telles que des industries agroalimentaires (IAA), des papeteries ou des producteurs d’énergie, qui utilisent leurs propres déchets organiques, en achètent auprès d’autres sites, ou procèdent par échange avec des agriculteurs voisins.

Contrairement à la méthanisation agricole, les intrants ne sont pas des effluents d’élevage mais des déchets et effluents issus des process de fabrication : petit-lait et effluents de laiterie, vinasses de distillerie, eaux usées d’abattoir, résidus de féculerie ou de transformation de fruits et légumes, ou encore effluents de papeterie. Ces matières, souvent liquides et très chargées en pollution organique, sont traitées dans des digesteurs spécifiques (par exemple de type EGSB, particulièrement adaptés aux effluents liquides très concentrés), capables d’abattre 70 à 80 % de la pollution organique tout en produisant du biogaz.

Cette approche présente un double intérêt pour l’industriel : elle lui permet de réduire le coût de traitement de ses effluents - obligatoire avant tout rejet dans le milieu naturel - tout en valorisant énergétiquement ce qui était auparavant une contrainte. Le biogaz produit est le plus souvent utilisé directement sur site (chaudière, vapeur de process) ou épuré en biométhane pour être injecté dans le réseau de gaz ou valorisé en carburant. 

5. Méthanisation territoriale : une approche communautaire

Portée par des collectivités territoriales, des syndicats de traitement des déchets ou des industriels, la méthanisation territoriale cible la fraction organique des déchets ménagers et les biodéchets.

Cette approche collaborative vise à valoriser les déchets locaux pour une meilleure gestion des ressources. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour l’ensemble des producteurs en France : particuliers, collectivités et professionnels (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC). Cette généralisation ouvre un gisement supplémentaire pour la méthanisation territoriale, dont témoigne l’émergence de solutions de micro-méthanisation urbaine compactes, installées au cœur des bassins de production pour traiter localement les biodéchets collectés et produire un biométhane parfois réinjecté dans le réseau, parfois utilisé directement pour alimenter les bennes à ordures ménagères en bioGNV.



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