Tracteur New Holland au biogaz : premier essai positif pour cet agriculteur

Tracteur New Holland au biogaz : premier essai positif pour cet agriculteur
Plusieurs exemplaires de tracteurs agricoles New Holland T6 180 Methane Power de présérie sont encore testés ici et là en France. Et notamment en Haute-Marne, chez Philippe Collin, où 4 exemplaires de série ont été exposés.
 
En mars de la présente année 2022, nous avions rendu visite à Florent et Nicolas Morel, près de Fougères (35), qui essayaient le tracteur GNV T6 180 de New Holland. Un autre exemplaire de présérie est arrivé chez Philippe Collin que nous avions interviewé il y a 2 ans au sujet de son implication dans le développement du bioGNV. Il a lui aussi reçu un T6 180 Methane Power de présérie.
 
« C’était le 30 mai dernier. Je l’ai à disposition jusqu’à la fin de l’été. A ce jour, je l’ai exploité pour l’ensilage d’herbes pour les animaux, l’endainage, le désherbage mécanique, tracter des plateaux de fourrage et des bennes pour transférer du fumier », commente l’exploitant de l’EURL de Grivée, à Colombey-lès-Choiseul (52). « Du fait de ses capacités plus limitées, je réserve ce tracteur à certains travaux. Pour cet été, j’envisage de l’utiliser pour effectuer du petite déchaumage, pour les semis de couvert, et toujours pour tracter des bennes », complète-t-il.
 

Une appréhension sur l’autonomie

« Au début, j’avais une certaine appréhension concernant l’autonomie annoncée à 4-5 heures. Mais c’est sans compter les arrêts pour le déchargement, le roulage sur les routes et le ramassage des balles où il consomme moins, et les phases de ralenti. On n’est pas toute la journée sur le tracteur », explique Philippe Collin. « Avec un modèle diesel, on peut tourner 2 ou 3 jours sans avoir à effectuer de plein. J’arrive à boucler des journées de 10 ou 11 heures avec le T6 180 GNV. Au besoin, en passant par ma station, je peux effectuer un avitaillement intermédiaire de 50 kg. L’autonomie de cet engin est cohérente pour nos activités », estime-t-il.
 
Le tracteur de New Holland embarque 2 bouteilles à gauche et une à droite, de chacune 90 litres, en remplacement des réservoirs de gazole et d’AdBlue. La capacité totale est de 80 kg. Le constructeur communique sur une consommation de GNV comprise entre 9 et 25 kg à l’heure selon les travaux. « J’ai calculé 7 kg à l’heure pour l’endainage, 9 kg pour tracter une benne », chiffre-t-il.

Tracteur de complément

« Je suis doublement surpris dans le bon sens avec ce tracteur GNV. En plus de l’autonomie, c’est au sujet de la place qu’il prend dans ma flotte d’engins agricoles. Elle est actuellement composée de 4 tracteurs récents, 3 plus petits et plus anciens, et 2 télescopiques », détaille Philippe Collin.
 
« En raison de sa puissance limitée, il ne peut pas prendre le rôle du tracteur principal. Il peut développer 180 chevaux au maximum, mais c’est à un certain régime. En utilisation normale, c’est 140 chevaux. Il se montre alors très sobre. Il est aussi très coupleux. C’est un tracteur qui peut tout à fait convenir à des agriculteurs méthaniseurs qui ont du transport de matière à effectuer pour cela. Il est en revanche un peu gros pour le mobiliser sur une mélangeuse l’hiver », évalue-t-il. « Environ 20 % plus coûteux que son équivalent diesel, et privé de son relevage avant, il est bas de gamme au niveau de l’équipement. Par exemple, il ne reçoit pas de distributeur électronique ni d’ordinateur de bord », rapporte-t-il.


 

Petite série

 *« Le tracteur GNV de New Holland est déjà produit en série. Une toute petite série qui ne dépasse pas quelques exemplaires au mois. Quatre ou 5 ont déjà été vendus en France. Il n’y a pas beaucoup de différences avec le modèle de présérie. On remarque juste 2 ou 3 inscriptions supplémentaires sur la carrosserie », révèle Philippe Collin.
 
Les 4 tracteurs New Holland GNV de lancement ont été exposés près de chez lui, entre le 28 juin et le 1er juillet 2022, pour une démonstration. Il était même possible d’essayer les engins.
 
« Il serait intéressant que le gouvernement ouvre l’éligibilité de ces tracteurs à un suramortissement de 140 ou 160 %, comme ça se pratique avec les camions fonctionnant au GNV », appelle-t-il. « En outre, en France, la pression de remplissage est limitée à 200 bars. Elle est à 250 bars en Allemagne. Ce qui donne 25 % d’autonomie en plus. C’est un problème de réglementation. Ce serait bien de parvenir à une harmonisation qui rendrait la mobilité GNV plus attractive, et pas seulement pour les tracteurs », poursuit-il.

 

Pas pour tout de suite

 « Ce qui me retient d’acheter un exemplaire de ce tracteur GNV, c’est que je n’en ai pas l’utilité aujourd’hui. Ma flotte est récente. Je poursuis une stratégie bas carbone pour laquelle je ne me fixe pas de limites », reconnaît Philippe Collin « Dans le monde agricole, il est aussi possible d’exploiter le XTL ou d’autres carburants alternatifs sans changer de tracteur. La nouveauté vient vraiment du gaz. Il n’y a pas encore assez d’exemplaires vendus actuellement », ajoute-t-il.
 

1,20 euro le kg de bioGNC

 « Dans notre station, le bioGNC est affiché à 1,20 euro TTC le kg. Dans l’idéal, il faudrait qu’il soit à 1,40 euro pour être à la fois durable pour moi et pas trop coûteux pour la laiterie locale qui collecte notre lait avec un camion GNV. Mais le contrat a été signé pour 5 ans avec le prix actuel », réfléchit Philippe Collin. « Dépendant du groupe Savencia qui produit ici le fromage Caprice des Dieux, l’établissement teste aussi d’autres carburants alternatifs, dont le XTL et le B100. Au niveau du coût du carburant, c’est notre offre qui est lauréate pour la laiterie qui utilise aussi dans la Sarthe un autre camion GNV », se réjouit-il.
 
« Nous nous étions engagés pour une disponibilité de 300 jours par an. Finalement, notre station n’a été fermée que 2 jours sur 365. C’est en revanche le camion qui a été le plus immobilisé. Au total 70 jours pour maintenance, un accident avec un sanglier, une panne électrique et une au niveau de l’essieu. Mais rien qui concerne la motorisation GNV », s’amuserait-il presque.


 

De nouvelles stations portées par les agriculteurs

« La laiterie devrait passer 3 autres camions au GNV qui s’alimenterait auprès d’un collègue. Nous avons en projet d’ouvrir 2 stations bioGNV de réseau, c’est-à-dire qui ne seront pas adossées à un méthaniseur, contrairement à celle que j’exploite aujourd’hui. Respectivement distantes de chez moi de 30 et 15 km, l’une serait localisée dans les Vosges à Vittel, et l’autre à Val-de-Meuse, dans la Marne. Elles seraient dimensionnées pour effectuer le plein de 50 camions par jour », schématise Philippe Collin. « A Val-de-Meuse, l’ouverture est programmée au printemps 2023, avec une vingtaine de camions à venir s’y approvisionner. Elle sera construite en sortie d’autoroute, juste à côté d’une très grosse station de recharge Tesla qui pourrait proposer 32 superchargeurs.
 
« Les logisticiens ont changé leur raisonnement au sujet du bioGNV. Il n’est plus seulement économique. Notre modèle est un peu inspiré de Karrgreen. Il est possible d’être compétitif en recevant le soutient de collectivités, comme la région ou le département, qui s’y retrouveraient ensuite », assure Philippe Collin. « Nous pourrions ainsi soutenir des projets qui ont un intérêt collectif, par exemple pour des bus, bennes à ordures ménagères, et les utilitaires de TPE comme des plombiers. En retour, le prix du kilo de bioGNV serait plus attractif », envisage-t-il.
 
« En Haute-Marne, 4 stations portées par des agriculteurs pourraient être mises en service. En plus de la nôtre de Val-de-Meuse, elles se dresseraient à Saint-Dizier, Langres et Chaumont. Cette dernière pourrait ouvrir très rapidement, mais le porteur du projet n’ose pas encore trop en raison de la faiblesse de la demande actuelle », précise-t-il.
 
« On commence à avoir des camions qui passent dans le secteur, et davantage de véhicules légers. En plus du camion de la laiterie, notre actuelle station sert toujours le bus scolaire, et une quinzaine de véhicules légers (les nôtres, ceux des enfants, des salariés et de personnes du village) », recense notre interlocuteur. « Des étrangers ont référencé notre site. A tel point que quand le car scolaire ne passe pas, le week-end, nous réalisons davantage de ventes en volume avec des véhicules légers que ce qu’il prend d’ordinaire », conclut-il.
 


 
Gaz Mobilité et moi-même remercions Philippe Collin pour avoir instantanément répondu à notre sollicitation.
 
 
 


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