DB Schenker : « le biogaz est la clé pour décarboner tout en impactant positivement l'économie circulaire »

DB Schenker : « le biogaz est la clé pour décarboner tout en impactant positivement l'économie circulaire »
Les acteurs majeurs de l'industrie du transport et de la logistique ont désormais tous entrepris de s’engager dans des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Tariel Chamerois, Responsable du Développement Durable pour la France et le Maghreb chez DB Schenker, nous offre un aperçu privilégié de la vision et des initiatives de l'entreprise en matière de mobilité décarbonée. Adepte du mix énergétique, il défend les impacts positifs du bioGNV, autant sur la décarbonation que sur l’économie circulaire et locale.

Quelle est l’activité de DB Schenker ?

Tariel Chamerois : Notre entreprise, filiale de la Deutsche Bahn (société des chemins de fer allemands, ndlr), opère mondialement en tant que commissionnaire de transport et transporteur de marchandises. Notre offre inclut le transport aérien, maritime, routier, ferroviaire, fluvial, ainsi que des solutions logistiques sur les cinq continents.

En France et au Maroc, où je suis responsable du développement durable, nous représentons environ 6 400 personnes sur 125 sites, et réalisons un chiffre d'affaires de 1,8 million d'euros. À l'échelle mondiale, DB Schenker génère 17 millions de tonnes de CO2, dont 92 % proviennent de nos sous-traitants. La France et le Maroc sont responsables de 500 000 tonnes d’émissions de CO2.

Quelle est la stratégie du groupe en matière de mobilité décarbonée ?

T.C. : L’objectif de DB Schenker est d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2040, avec un maximum de 10 % de compensation carbone. Nous concentrons nos efforts sur l'activité routière, où des solutions existent, et sur la partie aérienne, un défi plus complexe. À terme, nous privilégierons l'électricité et la pile à combustible à hydrogène. En attendant, nous restons agnostiques quant aux énergies à notre disposition et utilisons des solutions mixtes telles que le biogaz, le HVO (huile végétale hydrotraitée), et le B100 (biodiesel).

La mobilité douce, notamment à vélo, est encouragée pour la distribution du dernier kilomètre. Nous promouvons également le report modal vers des solutions à moindre impact, l’amélioration des coefficients de chargement, l'écoconduite et l'utilisation d'énergies alternatives afin d’atteindre nos objectifs.

Tariel Chamerois, Responsable du Développement Durable pour la France et le Maghreb chez DB Schenker

À quand remonte votre intérêt pour le gaz naturel ?

T.C. : Cela fait environ 7 ans que nous utilisons le GNV, avec une accélération notable au cours des trois dernières années, notamment par l’achat de 55 Iveco 12 tonnes pour remplacer des modèles diesel. En 2022, nous avons particulièrement travaillé sur l'acquisition de gaz bio pour notre flotte de véhicules, et nous encourageons nos sous-traitants à passer aux véhicules alternatifs en les soutenant financièrement dans cette transition.

Combien de véhicules roulent au gaz naturel chez DB Schenker France ?

T.C. : Actuellement, nous possédons 72 véhicules roulant au bioGNV (dont 4 véhicules utilitaires légers, des poids lourds de différentes capacités et 10 tracteurs), ainsi que 6 VUL GNV et 10 PL 12 tonnes GNV. Cela représente un peu plus de 8 % de la flotte totale de 1 047 véhicules.

Êtes-vous satisfaits des performances de ces véhicules ?

T.C. : Nous n'avons pas rencontré de problèmes majeurs en termes de performances. On note une légère surconsommation lors des livraisons en ville, mais le GNV reste une option pertinente pour les trajets longue distance. Sur le plan technique, tout fonctionne comme prévu. Notre principale préoccupation a été la durée de livraison des véhicules. Par exemple, nous venons seulement de recevoir les 55 véhicules commandés il y a deux ans ! La panoplie des véhicules gaz n’étant pas très large, on est soumis au bon vouloir des constructeurs, mais ceux-là semblent préférer l’électrique… Donc les délais sont très longs.


Comment se passe l’approvisionnement en GNV/bioGNV ?

T.C. : Nous avons décidé de ne pas investir dans des stations en propre. Nous surveillons de près l'installation des stations existantes et positionnons nos déploiements de véhicules GNV en fonction des agences, afin d'avoir environ deux stations à proximité. On considère que l'investissement dans des stations GNV est coûteux et moins pérenne que les infrastructures électriques, car pour nous, le GNV est une solution transitoire. En ce qui concerne le biogaz, la donne est différente. Nous nous engageons dans des énergies locales, favorisant la redistribution, la réutilisation des déchets et nous inscrivant dans une logique d'économie circulaire.

Quels autres carburants alternatifs utilise DB Schenker pour accélérer sa transition écologique ?

T.C. : Il existe des discussions internes importantes sur le choix entre le gaz et l'électrique. Il faut dire que le véhicule électrique a le vent en poupe. Il bénéficie d'aides gouvernementales, les constructeurs sont fortement impliqués... Cela crée une sorte de pression de filière, qui est tendue vers cette énergie.

Chez DB Schenker, nous cherchons à maintenir un mix énergétique et envisageons toute solution qui nous permettra de réduire nos émissions de CO2. Nous progressons sur tous les fronts simultanément, car nous avons encore des interrogations majeures concernant l'électrique, notamment sur l'organisation, l'avitaillement, les temps de recharge, et l'autonomie. En comparaison, le gaz offre une perspective plus claire. Pour le moment, nous avons moins de camions électriques (69) que de véhicules roulant au HVO (250).

Quels sont les plus gros défis auxquels vous faites face en tant que responsable du développement durable dans une entreprise de la taille de DB Schenker ?

T.C. : Les principaux enjeux incluent l'acculturation et la pédagogie, car les carburants alternatifs nécessitent une formation approfondie pour nos équipes. C’est un plaisir de le faire, et les gens sont réceptifs, mais c’est indispensable ! La question financière est également cruciale : comment investir dans des solutions vertes de manière durable ?

Nous cherchons des moyens de produire de l'énergie localement, de favoriser l'économie circulaire, et avons commencé à produire de l'électricité sur nos propres bâtiments pour atteindre l'autoconsommation. Nous abordons également des sujets tels que la gestion des déchets, le recyclage, et bien sûr la préservation de la biodiversité, en construisant nos bâtiments de manière à minimiser l'impact sur les sols par le biais de la réhabilitation et de la déconstruction. La lutte contre le réchauffement climatique passe par tout un système, et DB Schenker s’y engage au quotidien.

Quelles sont les prochaines étapes pour la transition énergétique de DB Schenker ?

T.C. : Notre plan de décarbonation se poursuit. D'ici 2030, nous visons une distribution interne complètement décarbonée et 50 % de nos sous-traitants adoptant des pratiques similaires. Nous continuerons à privilégier un mix énergétique varié, en route vers la neutralité carbone d'ici 2040.
 

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