Antibes Sophia-Antipolis : comment la CASA a converti ses bus au gaz naturel

Antibes Sophia-Antipolis : comment la CASA a converti ses bus au gaz naturel
Depuis début 2020, la Communauté d'Agglomération Antibes-Sophia-Antipolis (CASA) exploite une vingtaine de bus au gaz naturel au sein du réseau Envibus. Directrice du secteur Transport-Mobilité au sein de la CASA, Martine Simon revient sur le lancement du projet et les premiers mois d’exploitation.
 
Quelle a été la genèse du projet ?
 
La genèse du projet, c’est la promulgation en 2015 de la loi de transition énergétique qui oblige à acquérir au moins 50 % de bus propres dès 2020. Un objectif très ambitieux au regard de notre politique d’achat. Jusqu’alors, nous achetions surtout des bus thermiques.
 
Nous avons articulé notre réflexion en deux parties en commençant par mener des études comparatives sur l’ensemble des technologies disponibles sur le marché français : hybride, électrique et gaz. Nous nous sommes basés sur cinq critères d’évaluation : les performances du véhicule qui restent le critère numéro 1, les contraintes de remisage et d’approvisionnement, les process de maintenance préventive et curative, la formation des conducteurs et du personnel d’atelier et enfin les équipements spécifiques et les coûts associés.
 
Une fois réalisée cette analyse documentaire, nous avons mené nos propres expérimentations en affectant en exploitation des bus propres sur les lignes du réseau urbain. Dès 2015, nous avons testé des hybrides. La technologie a été écartée car elle nécessitait de doubler les compétences maintenance en atelier mais aussi car elle ne nous semblait pas pérenne compte tenu des orientations technologiques des constructeurs.
 
En 2017, nous avons testé l’électrique avec de petites navettes Bluebus de Bolloré. Les navettes de centre-ville parcourant moins de 150 km/jour, l’expérience s’est avérée concluante et les retours des clients excellents. En juillet 2018, nous avons fait acquisition de deux navettes Bluebus et intégré deux bornes de recharge 43 kW au sein de notre centre technique. Sur les véhicules de taille standard, l’électrique est beaucoup moins adapté compte tenu de la longueur de nos lignes et de l’autonomie des véhicules électriques : ceux-ci imposaient de lourdes contraintes en exploitation et maintenance.
 
Concernant le gaz, les expérimentations ont été menées dans le cadre d’un partenariat conclu en 2018 avec GRDF. Nous avons pu tester des modèles Iveco, MAN et Mercedes associés à une station mobile installée au dépôt. GRDF nous a mis à disposition la station et nous a accompagnés lors des études de faisabilité sur le centre technique. Clairement, nous nous sommes engagés dans cette voie car nous avions un partenariat très fort avec des partenaires experts sur la technologie gaz (GRDF, constructeur bus GNV, AMO, transporteur KEOLIS). Nous avons aussi fortement associé les experts gaz du SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours ndlr) sur la sécurité du site que nous avons pu tester à nos dépends. Lors des premières expérimentations, une fuite de gaz a été détectée au dépôt, le dispositif d’alarme a de suite été enclenché. Toutes nos équipes ont été mobilisées pour gérer en astreinte la situation dégradée avec le SDIS. Cette expérience ne nous a pas découragés car nous avons eu des solutions correctives et des process qui se sont dessinés très rapidement. Celles-ci ont été préconisées par GRDF, le SDIS mais aussi par notre opérateur Keolis qui bénéficie d’une bonne expérience en gaz.


 
Pourquoi avoir choisi le GNV ?
 
Indépendamment du coût d’acquisition de la station, le GNV dispose d’un cout de possession proche des diesel Euro 6. Sur 15 ans, c’était très intéressant !
 
L’arbitrage a été effectué fin 2018 au terme des audits techniques et des expérimentations. Nous avons décidé dans le cadre de l’exploitation de la première ligne Bus-Tram de la CASA de commander 20 véhicules GNV : 11 articulés, 9 standards. Iveco a remporté les deux lots avec son modèle Crealis. L’exploitation de la ligne a débuté en janvier 2020.
 
 
Quelles adaptations ont été nécessaires ?
 
LA CASA a dû réaménager le dépôt. Pas seulement pour le volet sécurité (zones ATEX) mais aussi pour les espaces de la circulation et de remisage de ces nouveaux modèles articulés. La CASA a dû également adapter certains équipements du dépôt aux zones ATEX. Pas mal d’opérations mais rien d’insurmontable ! 
 
En matière de sécurité, des fiches reflexes ont été élaborées par Keolis pour préciser les conduites à tenir à partir d’une dizaine de cas qui peuvent survenir. Des astreintes sont effectives au niveau de la CASA en plus de celles de Keolis : on partage les mêmes alarmes SMS pour fiabiliser les interventions adéquates. L’équipe CASA connait les procédures sur les arrêts d’urgence et a acquis de l’expérience. Tout cela est sécurisant.
 
La CASA s’est dotée d’une AMO – SPMO – pour concevoir la station de compression gaz, pour rédiger les cahiers des charges des marchés et mettre en service la station de compression définitive et l’approvisionnement des véhicules. Au total, 1,3 millions d’euros ont été investis dans la station avec 2 bornes distributrices. Nous avons fait le choix d’une charge rapide car la configuration du site ne nous permettait pas de faire un remisage à la place. En fin de journée, les bus arrivent en moyenne avec un réservoir entre 90 et 120 bars. On fait un plein à 200 bars en 6 minutes.


 
Vis-à-vis du personnel, comment s’est passée l’intégration de cette flotte GNV
 
On a pris beaucoup de temps pour l’appropriation de cette nouvelle technologie gaz, qu’il s’agisse des équipes CASA, du personnel chargé de la maintenance, des conducteurs ou des jockeys. Le gaz naturel induit naturellement une certaine appréhension : il faut de la pédagogie, de l’apprentissage pour s’approprier la technologie et être rassuré. C’est sans nul doute plus important que la technique pure.
 
On a procédé en accompagnant l’ensemble des jockeys pendant plusieurs semaines sur le volet approvisionnement pour les aider à appréhender cette nouvelle fonction en plus de l’approvisionnement gasoil. Tous les tests, les exercices d’appel d’urgence ont été réalisés. Nous avons aussi testé l’astreinte du fournisseur de la station sur les différents incidents que l’on pouvait rencontrer.
 
Les conducteurs affectés à cette nouvelle ligne BHNS ont aussi été formés. Vis-à-vis de la motorisation gaz mais aussi parce que les bus articulés étaient nouveaux pour eux. Aujourd’hui, ces véhicules sont plutôt plébiscités par les chauffeurs.


 
Après un an d’exploitation, quel est le bilan côté consommation ?
 
Dans le cahier des charges, on avait annoncé des consommations de 48.5 kg/100 km pour les bus standards et 64.6 kg/100 km pour les modèles articulés.
 
Nous sommes aujourd’hui en dessous de ces seuils. On ne fait pas de triomphalisme car la mise en service reste assez récente mais cela reste une bonne surprise.
 
D’autres déploiements sont-ils au programme ?
 
La CASA compte actuellement un parc de 113 véhicules dont 2 navettes électriques et 20 bus au gaz naturel. La CASA a un plan de renouvellement qui est fonction de la durée d’amortissement. En 2021 seront achetés trois bus GNV supplémentaires. Nous en renouvèlerons une trentaine en 2022 et une dizaine en 2023. Tout cela reste évidemment du prévisionnel en fonction des budgets disponibles. Aujourd’hui, nous privilégions le gaz à moins que l’offre de l’électrique n’évolue… Nous sommes aussi en veille sur l’hydrogène.
 
En parallèle, nous avons aussi engagé la construction d’un nouveau dépôt pour septembre 2022 sur la Zone Industrielle des 3 Moulins (Antibes ndlr). Il sera capable de charger 60 véhicules au gaz avec de l’avitaillement lent et rapide.
 
Quid du bioGNV ?
 
Pour l’instant nous sommes sur du gaz classique. Via les garanties d’origine, la CASA réfléchit à l’utilisation du biogaz en remplacement du GNV sachant que cela représente tout de même un surcoût annuel.


 

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