SLOP Normandie veut transporter les déchets sur la Seine grâce au bioGNV

SLOP Normandie veut transporter les déchets sur la Seine grâce au bioGNV
SLOP Normandie est l’un des trois lauréats de l’appel à projet « Décarbonation du transport fluvial & maritime côtier » lancé par GRDF cette année. La PME rouennaise récupère les déchets des bateaux qui arrivent aux ports. Son ambition : construire un bateau neuf à motorisation fonctionnant au biométhane pour poursuivre cette activité de manière vertueuse.

Une chaîne de valeur de plus en plus vertueuse

SLOP Normandie et sa filiale Normandie Croisières sont des acteurs importants de l’axe fluvial Paris-Rouen-Le Havre. La première enlève les déchets solides et liquides des cargos et des paquebots fluviaux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. La seconde assure des promenades sur la Seine depuis Rouen et a acquis cette année un bateau électrique pour transporter les passagers entre rive droite et rive gauche.

Les trois associés à la tête de SLOP Normandie, Sandro Amand, Benoit Fèvre et Jean Furet, tiennent à poursuivre l’engagement de la société vers un transport fluvial neutre en carbone. Jean Furet nous explique ce choix : « En 2025, un de nos bateaux de récupération des déchets devra être changé, c’est pourquoi nous avons entamé une réflexion sur la technologie la plus adaptée au métier. On a envie d’être le plus vertueux possible, car notre cœur de métier est déjà la récupération et la valorisation des déchets. On veut pouvoir aller plus loin et être cohérents sur notre impact environnemental. »
 

Le GNV, technologie de choix pour décarboner le transport fluvial

Les dirigeants de SLOP Normandie connaissaient déjà l’électrique et savaient que la technologie n’était pas adaptée à leurs besoins, tant en termes de volumes supportés que d’autonomie. Ils ont alors étudié la motorisation hydrogène, qu’ils n’ont pas jugée assez mature : « le coût de production est encore bien trop élevé, ce qui fait que l’équilibre économique dépend complètement des subventions d’exploitation. Nous voulons une technologie économiquement viable ».

Reste alors le GNV, ce qui n’est pas bête pour une entreprise qui récupère des déchets organiques voués à être méthanisés. Jean Furet : « Nous nous sommes rapprochés de GRDF qui lançait son appel à projet sur la décarbonation des transports fluviaux. Nous avons financé une première étude, réalisée par 2C Consulting, pour que notre futur bateau soit innovant sur l’aspect de sa conception mais aussi de son mode de propulsion, et maintenant va démarrer l’étude sur la conception du bateau ». La PME est en recherche de subventions pour cette phase afin de compléter l’aide apportée par GRDF (en partenariat avec VNF et l’Ademe).



 

Étape 1 : créer un bateau sur-mesure

Actuellement, la flotte de bateaux de ramassage des déchets opérée par SLOP Normandie est constituée de deux péniches Freycinet de 38,5 mètres, d’un navire de 25 mètres et d’un autre de 67 mètres. Ces deux derniers seraient donc remplacés en 2025 par un seul bateau double-coque d’une centaine de mètres, qui sera alimenté au biométhane.

« On veut créer un bateau sur mesure qui corresponde à nos besoins. Le coût du rétrofit est trop élevé et ne permet pas d’avoir un modèle ultra-performant, on préfère partir sur du neuf pour être tranquille sur les aspects réglementaires et de performances. Le rétrofit pourrait avoir de l’intérêt pour rendre nos vieux bateaux hybrides et gagner en autonomie, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. » Pour l’instant, SLOP Normandie se concentre donc sur la fabrication d’un bateau neuf.
 

Une réglementation stricte qui pourrait faire blocage

Outre le financement des études et de la fabrication, il reste encore plusieurs freins à lever. SLOP est actuellement à la recherche d’un architecte spécialisé dans le fluvial pour lancer la conception du bateau. Mais la législation aussi doit changer.  « Pour l’instant, il est interdit de transporter du gaz sur un bateau », commente M. Furet. « Ça a du sens pour les réchauds, le chauffage, etc., mais concernant le carburant, cette législation est obsolète. Il faut que les politiques se saisissent rapidement de cette problématique si on veut décarboner efficacement le secteur. »

Si ce point ne change pas, il faudra trouver des sources d’approvisionnement local sur le trajet des bateaux. « On est déjà sur la chaîne de production du biométhane puisqu’on participe à la collecte des déchets, ça serait bien qu’on puisse récupérer le gaz pour créer un cercle vertueux ! Nous avons commencé à discuter avec les pouvoirs publics de l’ouverture de stations le long de la Seine. On espère ne pas être les seuls à s’intéresser au bioGNV, pour que ça avance plus vite. »
 

Calendrier du projet SLOP Normandie

Les études techniques devraient se terminer courant 2023. En parallèle, SLOP Normandie poursuit les recherches d’aides financières et espère pouvoir lancer la construction de son futur bateau fin 2023-début 2024.

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