Interview : Sublime Energie veut convertir la tournée du laitier au bioGNL

Interview : Sublime Energie veut convertir la tournée du laitier au bioGNL
Avec sa solution, Sublime Energie veut inventer la tournée du laitier du biogaz
Proposer aux agriculteurs un autre moyen de valoriser leur biogaz. Tel est l’objectif de Sublime Energie. La startup française, qui a récemment bouclé sa seconde levée de fonds, lancera un premier démonstrateur en 2025. Une démarche que nous explique Bruno Adhémar, co-fondateur et président de l’entreprise.
  Quel est votre parcours et celui de Sublime Energie ? Bruno Adhémar : Je viens du monde de l'énergie nucléaire. J'y ai travaillé pendant 27 ans. En 2018, j'ai été à l'École des Mines faire un master pendant un an qui s'appelait Deeptech entrepreneur. C'est là que j'ai découvert la méthanisation et les entreprises à mission. Fin 2018, je me suis décidé à créer une société qui travaillerait dans la valorisation du biogaz avec un tropisme à de la valeur aux agriculteurs.
 
C'est en 2019 que nous créons Sublime Energy, avec l'idée de démocratiser la petite méthanisation à la ferme via ce que l'on appelle la "Tournée du laitier du biogaz". L'idée est d'aller chercher du biogaz comme on va chercher le lait dans des petites et moyennes exploitations, celles qui pourraient faire entre 30 et 50 Nm3/h de biométhane par heure et qui ne sont pas beaucoup adressées par le marché, l’injection étant plutôt à 150-200 Nm3/h.

L'objectif est de donner la possibilité à ces exploitations agricoles d'avoir un modèle économique viable via la liquéfaction du biogaz à la ferme en minimisant les CAPEX agriculteurs. Ils produisent du biogaz, on achète le biogaz brut et on s'occupe de toute la chaîne qui vient après : collecter, transporter et traiter dans un hub le biogaz liquéfié.
 
Début 2020, nous réalisons un premier "Proof of Concept" avec l'École des Mines. On démontre que la liquéfaction fonctionne et on décide alors de le faire. Nous déposons un brevet en avril de la même année et engageons une première levée de fonds pour un premier démonstrateur plus conséquent en labo. On le met en service à l'École des Mines en 2022 et, en 2023, nous amorçons notre 2ème levée de fonds afin d'avoir notre premier pilote à la ferme au second semestre 2025. Si on résume, la solution Sublime Energie consiste en un « module liquéfaction » qui va s’intégrer aux sites de méthanisation existants, et notamment ceux qui ne sont pas raccordés au réseau. Vous ne réalisez donc pas l’intégralité du site ? On réfléchit au meilleur business model. Mais si on a un site de méthanisation existant, on vient mettre un module pour collecter le biogaz brut. Si on n'a pas de site, on propose un business model global pour que le méthaniseur soit rentable. On vient alors se greffer avec un module qui est en sortie de méthaniseur.
 
Justement, le premier démonstrateur sera intégré à un site existant…
 
Oui. La rencontre a eu lieu en 2019 avec des agriculteurs pionniers de la méthanisation qui avaient déjà réfléchi à cette tournée du laitier du biogaz sans trouver de solution. C'est en Bretagne, à Plelo, avec la société Gazea qui a un méthaniseur. Ils sont aujourd'hui en cogénération et s'apprêtent à finir leur contrat de 15 ans. Le business model de Sublime Energie est centré sur les petites et moyennes installations. Vous ne faites pas de gros sites comme celui réalisé par Nordsol et Shell en Allemagne ? Tout à fait. L'idée de base, c'est surtout d'apporter une solution aux agriculteurs pour avoir des compléments de revenus sans les embêter davantage.
 
On se rend qu’il y a un potentiel. Il y a entre 20 et 30 TWh qui vont être très compliqués à aller chercher sur ces petits sites parce qu'il faut amener le réseau. Nous, on a une solution pour régler ce problème-là. En réfléchissant, on se dit que le bio-GNL est quand même vachement bien pour la mobilité lourde. A partir de là, l’idée est d'aller chercher ces petites quantités pour les diriger vers des hubs et arriver à un modèle économique viable.

Ce qui est étrange avec le bioGNL, c’est qu’on sent que beaucoup d’acteurs, y compris les transporteurs, veulent y aller, mais que les applications concrètes peinent à démarrer. On voit pourtant des initiatives dans d’autres pays européens. Quel est le problème en France ?

C'est effectivement plus compliqué en France.  Comme en Italie, il faut trouver un modèle où l'État doit mettre la main à la poche pour lancer la filière. C'est ça le sujet ! Réglementairement parlant, il n'y a aucun problème pour le faire. Par contre, au niveau du coût, il faut qu'il y ait un complément de rémunération qui soit amené pour qu'on n'ait pas un bio-GNL trop cher.
 
Aujourd’hui, l'Italie ne voit l'avenir du GNL que dans le bio. De mémoire, l’aide était à l’époque de 0,50 € du kilo et 35 € du MWh. En Allemagne, c'est encore plus important.
 
On sait tout de même que des choses vont arriver en France avec l’aménagement de la Tiruert. Il y a également les promesses de la loi LOM qui prévoyait un décret puis un appel à projets pour le biométhane non injecté. Le décret est sorti en 2021. Depuis, la filière attend cet appel à projets pour se construire. Avec la Tiruert, ce sont les deux outils qui vont permettre de débloquer, d'un point de vue économique, le passage à l'échelle et l'arrivée sur le marché.

Si on s’intéresse à la feuille de route de Sublime, on a donc ce premier démonstrateur qui arrive en 2025. Quelles sont les prochaines étapes ?

Oui, l’expérimentation va durer jusqu’à fin 2026. Il faut ensuite qu'on ait nos deux à trois premiers projets d'ici à 2027 - 2028 pour ensuite accélérer le mouvement. Le business plan, c'est 18 projets pour 2030.

L’idée est aussi d’adresser d’autres marchés. Il y a des pays européens qui sont potentiellement très intéressants pour récupérer cette technologie.

Nous évoquions un bioGNL fléché vers la mobilité et notamment les transports lourds. Aujourd’hui, l’Europe ne semble pas vouloir reconnaitre les biocarburants dans la décarbonation dans le règlement CO2 des véhicules lourds. N’est-ce pas un risque ?

Il y a une clause de revoyure prévue en 2027-2028 et je reste confiant. Après, si ce ne sont pas les poids lourds, ça sera les tracteurs agricoles ou le maritime côtier. Il y a un vrai sujet avec la pêche et les petits ferries.
 
Quoi qu’il en soit, le bioGNL a cette caractéristique unique que n'aura jamais aucun autre carburant, qui est cette vertu environnementale et sociétale. C’est imbattable si on fait cette analyse du cycle de vie du puits à la tombe avec du biométhane issu de l'agriculture. C'est de la vraie économie circulaire !

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Michaël TORREGROSSA Michaël TORREGROSSA
Rédacteur en chef
Persuadé que la mobilité du future sera multi-énergies, Michaël est le rédacteur en chef et fondateur de Gaz Mobilité.

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