Interview

CVE Biogaz : « Nous visons 1,5 TWh de biométhane produit à l'horizon 2030 »

CVE Biogaz : « Nous visons 1,5 TWh de biométhane produit à l'horizon 2030 »
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Spécialiste français de la méthanisation territoriale, CVE Biogaz renforce sa présence avec un parc de quinze unités et des projets d’envergure, comme son partenariat pionnier avec Engie ou le développement de la première filière de bioCO2. Son directeur général, Arnaud Bossis, détaille les enjeux de maîtrise des flux organiques et les conditions de développement du biométhane, de la France à l’Espagne.

Vous dirigez CVE Biogaz, filiale du groupe CVE. Pouvez-vous revenir sur l’histoire et le périmètre de l’entreprise ?

Arnaud Bossis : CVE est un producteur d’énergies renouvelables présent principalement sur deux filières : le photovoltaïque et le biométhane. Le groupe développe, finance, construit et exploite des projets en France et à l’international.

CVE Biogaz, dont le siège est à Marseille, s’est construit autour d’une stratégie de méthanisation territoriale. La filiale existe depuis 2011, et j’ai rejoint le groupe CVE en 2016 pour accélérer le développement d’unités ancrées dans les territoires. Trois actionnaires composent aujourd’hui le capital de CVE Biogaz : CVE, Swen Capital Partners (qui a apporté 30 M€) et, depuis fin 2024, BNP Paribas Asset Management (70 M€).
 

Quelle est l’activité de CVE Biogaz ?

A.B. : Notre cœur d’activité repose sur la production de biométhane territorial, adossée à une maîtrise complète de la chaîne de valeur. Nous collectons et préparons les biodéchets via Ecovalim, spécialisée dans le déconditionnement des restes alimentaires, et via Biolid, qui organise les flux issus des industriels. Cette structuration garantit la disponibilité, la qualité et la traçabilité des matières, un enjeu essentiel pour répondre aux exigences de la directive européenne sur les énergies renouvelables RED II, et bientôt de RED III.

Les unités de CVE Biogaz transforment ces gisements en biométhane injecté dans le réseau, mais aussi en digestat valorisé auprès des agriculteurs pour améliorer la fertilité des sols. Nous préparons également la montée en puissance du bioCO2, appelé à devenir une ressource stratégique pour l’industrie et, demain, pour les e-carburants.
 

Où en êtes-vous en termes de parc et de développement ?

A.B. : Nous comptons aujourd’hui un parc de seize unités, dont six en construction, comme celle de Ludres, près de Nancy, qui ouvrira début 2027. Nous développons parallèlement un portefeuille important de nouveaux projets, afin d’accompagner la décarbonation du mix énergétique français. Notre présence se renforce notamment en Nouvelle-Aquitaine, en Bretagne et en Occitanie, et nous ciblons désormais les régions PACA et Hauts-de-France.

L’objectif est de densifier progressivement notre maillage territorial pour créer des synergies industrielles et améliorer la compétitivité du biométhane.

Illustration : Unité de méthanisation Equibio Pays de Buch, à Mios, en Gironde 

À quels besoins la méthanisation répond-elle pour les collectivités, les entreprises et les agriculteurs ?

A.B. : La méthanisation est d’abord un service de traitement et de valorisation des déchets organiques, souvent éclipsé par la seule production de gaz renouvelable. Cette dimension devient pourtant cruciale avec la hausse programmée de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP) pour les déchets enfouis ou incinérés.

Les collectivités disposent encore de peu d’alternatives pour traiter l’ensemble de leurs biodéchets. Le compostage couvre surtout les déchets verts, mais il n’existe pas assez de solutions pour les flux alimentaires ou liquides. Nous apportons une solution locale, compétitive, qui limite les distances de transport et dessine une économie circulaire territoriale : création d’emplois, collecte dédiée, déconditionnement, etc.

La production de biométhane et de bioCO2 répond ensuite à des besoins industriels réels, et nous faisons face à un enjeu de souveraineté d’approvisionnement pour ces ressources. Enfin, le retour au sol répond aux besoins des agriculteurs. Les sols européens se sont appauvris en carbone, et les engrais de synthèse – parfois importés de zones géopolitiquement instables – ne suffisent plus à répondre à la demande. Un digestat riche en carbone et produit localement, c’est aussi un levier pour renforcer la souveraineté alimentaire du pays.
 

Pouvez-vous expliquer le mécanisme qui encadre votre partenariat de long terme avec Engie ?

A.B. : Nous avons signé avec Engie un contrat de 15 ans qui s’appuie sur le nouveau mécanisme des Certificats de Production de Biogaz (CPB). Ce dispositif crée une visibilité sur le prix du biométhane et permet de développer des unités de taille intermédiaire ou importante sans recourir à des financements publics, comme celle de Ludres.

Le contrat prévoit la possibilité de basculer en Biomethane Purchase Agreement (BPA) si l’évolution réglementaire l’exige. Engie accepte ainsi de prendre une part de risque car la première période des CPB ne couvre que trois ans, mais nos projets s’inscrivent dans un horizon beaucoup plus long. Notre volonté commune reste néanmoins de faire fonctionner pleinement le mécanisme des CPB, que nous considérons comme un levier majeur pour structurer la filière biométhane en France.

Quels seront vos projets phares en 2026 ?

A.B. : Nous disposerons de trois projets prêts à construire en Charente-Maritime, en Centre-Val de Loire et dans le Bas-Rhin. La puissance des unités est ajustée au contexte local : plus le tissu économique est dense, plus les flux de biodéchets sont importants, ce qui autorise des projets de plus grande capacité.

Dans les zones rurales, nous privilégions des unités plus modestes, davantage orientées vers les gisements agricoles. Les économies d’échelle restent toutefois un levier majeur car les petits sites sont plus exposés aux coûts d’exploitation.

Quels objectifs vous fixez-vous à horizon 2030 ?

A.B. : Nous visons 1,5 TWh de biométhane produit à l’horizon 2030. D’ici là, nous prévoyons de mettre en service entre cinq et dix projets par an, afin d’alimenter une trajectoire de croissance régulière.

Pour atteindre cet objectif, nous nous appuyons sur la montée en puissance du mécanisme des CPB et sur les opportunités offertes par le dispositif IRICC, qui favorise l’intégration d’énergies renouvelables dans les carburants. Cette dynamique, combinée à un portefeuille de projets en forte croissance, doit nous permettre de consolider des filières territoriales et de contribuer de manière significative à la décarbonation du mix énergétique français.

Quelles sont les ambitions de CVE Biogaz à l’international ?

A.B. : Nous développons une présence en Espagne, où quatre projets seront sécurisés d’ici la fin de l’année. Ce marché reste très ouvert, avec un potentiel organique comparable à celui de la France mais encore peu d’unités en service. Nous avançons donc progressivement, en capitalisant sur notre expérience française.

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