Prix du GNV : Endesa mise sur un retour à la normale en 2023

Prix du GNV : Endesa mise sur un retour à la normale en 2023
Si les prix des carburants à la pompe ne cessent d’augmenter, la situation est pire encore pour le GNV. Très présent sur ce marché, Endesa proposait le 28 janvier dernier un webinaire pour faire le point sur la situation.
 

Une situation exceptionnelle

En 18 mois environ, les tarifs du GNV ont plus que doublé. Le kilo s’affiche désormais à plus de 2 euros à l’entrée des stations d’avitaillement.
 
« Le délai de répercussion à la pompe des hausses comme des baisses est de l’ordre de 1 mois. Plus précisément et en exemple, la moyenne des cotations de janvier 2022 va permettre d’établir un prix fixe qui sera celui affiché dans les stations pendant tout le mois de février suivant », a commenté Marc Courbet, responsable commercial pour les grands comptes chez Endesa. « Il s’est passé l’année dernière des choses qu’on n’avait jamais vues même lors des toutes grosses crises de l’énergie, comme en 2008 ou après la catastrophe de Fukushima », a-t-il souligné.
 
La courbe des prix spot (cotation au jour le jour) révèle une augmentation de près de 1 000 % entre un début 2021 à 15 euros le mégawattheure et le pic de décembre dernier à 183,49 euros. Au distributeur, le GNV a par effet boule de neige augmenté de 209 % entre janvier et novembre 2021.
   

Que s’est-il passé en 2021 ?

Au début du premier semestre de 2021, le prix du gaz naturel était donc particulièrement bas.
 
« On sortait d’une crise Covid, on sortait en 2019 d’un marché gazier surabondant ; en 2020, on avait une activité économique au ralenti, liée à la crise », a justifié Marc Courbet. Courant 2021, l’activité économique a repris progressivement, avec une demande de gaz de plus en plus importante, en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. En Chine, notamment, le remplacement des centrales à charbon par des installations au gaz a dopé les besoins au niveau mondial.
 
« On est arrivé en fin de premier semestre à des prix assez hauts, on était à 40 euros le MWh, c’est-à-dire à des prix que l’on n’avait pas connu depuis un bon moment », a insisté le responsable commercial. Selon lui, les 6 mois qui ont suivi ont été marqués par une volatilité qui est toujours présente actuellement. En parallèle, ces prix élevés ont décidé les industriels à réaliser des économies sur cette énergie. Ce qui n’a pas suffi pour ralentir la hausse des tarifs. Pour parfaire le tout, des tensions géopolitiques soutiennent la courbe ascendante.
 
« On a battu en 2021 tous les records, ce qui fait que les prix du GNV en station ont été impactés, même si le pic à 183 euros n’a duré qu’une journée », met en avant Marc Courbet.
 
La courbe prévisionnelle qu’il a présentée pour 2022 montre un tracé très similaire, mais avec une situation qui tendrait à s’améliorer au second semestre. Le point culminant frise tout juste les 140 euros du MWh.
 
Début 2023, le prix serait ramené aux alentours des 50 euros, alors qu’il serait à plus de 90 euros au cours de ce premier trimestre de 2022.
 

L’électricité, le pétrole et le CO2 aussi

A préciser que le gaz naturel n’est pas la seule énergie aussi violemment touchée. Les prix spot de l’électricité ont également connu une explosion de près de 1 175 % l’année dernière, en atteignant presque les 750 euros du MWh. Même si les courbes sont plus modérées, le prix du baril de pétrole s’est envolé de 172 % sur la même période pour passer les 88 dollars (79 euros), et celui du CO2 pour le calcul des pénalités a connu une progression de quasiment 260 %. Plus ce dernier est élevé, plus les gros émetteurs européens se retrouvent incités à passer à des énergies plus propres. Ainsi, pour exemple, en abandonnant le charbon pour produire de l’électricité.
 

De trop faibles approvisionnements en 2021

Que s’est-il passé en 2021 concernant les livraisons de gaz naturel en Europe ? Du fait d’une année record en termes de livraison de GNL en 2019, la courbe est assez basse en 2020, et encore plus début 2021. Pour la présente année, une hausse des livraisons est déjà observée, bien qu’elle reste à un niveau relativement bas encore.
 
Sur cette période, la Norvège qui nous livre par pipe a connu de gros soucis de production en 2020 en raison de maintenances qui n’ont pu être effectuées avec la crise Covid. D’où un décalage de ces opérations sur l’année dernière auxquelles se sont ajoutées des travaux non prévus à réaliser. Le tout a nui aux volumes exportables depuis la Norvège en 2021.
 
Grosse baisse également des flux russes, avec un début d’année à 4,4 TWh pour terminer en décembre à 2 TWh, soit une baisse de plus de 50 %.
 
« Le tout contribue à maintenir les cours du gaz relativement hauts », a jugé Marc Courbet. Par ailleurs la hausse de la demande en Asie, avec des prix potentiellement plus intéressants pour les fournisseurs, a fait se détourner les méthaniers vers la Chine (+ 17,5 % d’importations de GNL en 2021), la Corée du Sud (+ 15 %), Taiwan (+10,7 %), le Bangladesh (+22 %), le Pakistan (+ 14 %).

 

Des stockages trop bas

A cette période de l’année, en Europe en général, et en France en particulier, le niveau de remplissage concernant les sites de stockage devrait fluctuer autour des 60 %. Il est actuellement à peine au-dessus des 40 % pour les 2 territoires.
 
Notre pays connaissait pourtant une meilleure situation à l’automne dernier en retrouvant quasiment sa pleine capacité alors qu’à l’échelle européenne, le niveau était en deçà de 80 %. Ce qui a plus particulièrement pesé sur la France, c’est une demande en gaz bien plus importante qu’habituellement du fait d’un hiver plus long et rigoureux. Avec pour résultat un décalage de 2 mois qui n’a pas encore été résorbé.
 
« Le stockage est très important, parce que c’est ce qui va driver les prix futurs à partir du mois d’avril où la période de stockage va s’ouvrir à nouveau. Plus les stocks seront bas, plus les demandes de gaz seront importantes pour les reconstituer. D’où des prix plus élevés », a prévenu Marc Courbet. Surveiller la situation devrait nous renseigner sur l’évolution du prix du gaz pour l’année 2022.

 
Selon les projections, le volume des nouveaux approvisionnements en GNL ne devrait pas vraiment décoller avant 2025. De nouvelles installations seront alors mises en service qui auraient pour effet de maintenir le prix du gaz naturel à un niveau correct et d’éviter de connaître une situation similaire à celle de décembre dernier.
 
En Europe, nous aurions atteint un certain palier concernant la demande de gaz. Une stabilité due à la politique de transition énergétique déjà bien engagée. La courbe commencerait même à s’orienter à la baisse vers 2030-2035. D’où des prix qui se stabiliseraient sur le territoire également de ce fait.

Au niveau mondial, la situation serait cependant différente. Sous l’impulsion des pays émergents, la demande va continuer à croître jusqu’à l’horizon 2040. Pour exemple, on estime que le pic chinois n’interviendrait pas avant 2030. « Globalement, on espère avoir à moyen terme des prix qui se stabilisent et qui ne feront plus le yoyo comme ils peuvent le faire actuellement », rapporte Marc Courbet.
 
Le marché pétrolier a également connu une baisse importante en raison du Covid. Actuellement, les réserves sont aussi historiquement basses pour ce produit. L’Opep+ (Opep + Russie, Mexique, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, Malaisie, Oman, Soudan) n’est pas parvenu à ce jour à revenir à son niveau de production d’avant la crise sanitaire. Il est actuellement d’un tiers en deçà.
 
La part croissante des Etats-Unis, du Canada et du Brésil ne compense pas ce manque. Cette situation ouvre la voie à un prix du baril à plus de 100 dollars (90 euros environ) dans le courant de la présente année 2022. Dans le transport routier, « rouler avec une énergie qui pollue devrait amener prochainement ses utilisateurs à être soumis à des quotas carbone », a prévenu Marc Courbet. Il mise aussi sur une meilleure production d’électricité en provenance de l’éolien.
 
L’année 2021 a été marquée par une certaine absence de vent qui a pesé sur la consommation de gaz du fait d’une plus grande amplitude de fonctionnement des centrales combinées. En outre l’évolution de la crise du Covid impactera les prix d’une manière ou d’une autre. De même que la disponibilité du parc nucléaire en France.
 

Le biométhane rendu plus compétitif

Quid de la compétitivité du biométhane dans ce contexte d’étranglement du marché gazier ? Le coût moyen d’achat de ce produit en France auprès des producteurs tourne autour des 100 euros du mégawattheure.
 
« Ce qui pouvait paraître énorme il y a encore un an, au regard du prix du gaz fossile qui était historiquement vers les 20 euros. On pourrait aujourd’hui considérer qu’on est à parité. C’est-à-dire que la source renouvelable est au prix du marché », a mis au jour Charles Tartier, responsable commercial pour les grands comptes. Mais il faudrait encore ajouter pour le gaz fossile le prix du carbone, soit 16,65 euros du MWh. Ce qui fait qu’en l’état le biométhane apparaît actuellement plus intéressant.

« A partir d’avril 2023, les prix du marché vont baisser significativement. Et on repassera largement en dessous des coûts de production du gaz vert », a prévenu Charles Tartier. « On a encore besoin aujourd’hui d’un mécanisme de subventions de l’Etat pour la filière de méthanisation » précise-t-il.
 
« Sur le long terme, on croit au prix du gaz »
 
« Aujourd’hui, tous les contrats avec nos clients sont indexés sur le marché gazier », a rappelé Marc Courbet. Depuis 2017, jusqu’à juin-juillet 2021, la variation maximale du prix n’avait pas dépassé 0,35 euro du kilo. Ce constat a été l’occasion pour le responsable commercial de rappeler que sur cette période le prix du gaz a toujours été avantageux par rapport à celui du gazole. « Sur le long terme, on croit au prix du gaz. Ce n’est pas une erreur de basculer sur cette énergie », a-t-il assuré.
 
Pour expliquer la différence des prix constatée dans les stations selon les opérateurs, il a expliqué que certains indexent leurs tarifs sur le cours du pétrole Brent qui a beaucoup moins été perturbé, plutôt que sur celui du gaz. « Ca ne veut pas dire que l’indexation PEG [NDLR : PEG = Point d’échange de gaz, désigne le prix sur le marché gazier] était une mauvaise affaire. En refaisant le calcul pour un client qui consomme 60 tonnes sur l’année, jusqu’à fin 2021, en prenant 2019 comme point de départ, pour l’instant il est toujours gagnant », a-t-il mis en avant.
 
Peut-on fixer les prix quand le marché est bas ? Charles Tartier a souhaité attirer l’attention sur le fait que les pétroliers ne proposent pas ce type fonctionnement pour stabiliser les prix du gazole, dont le baril est passé de 50 à 90 dollars en moins d’un an. « Oui, on peut. Mais il y a différentes conditions », a toutefois répondu Marc Courbet. Ce n’est par exemple pas possible de façon unilatérale si le contrat passé avec le client stipule que les tarifs à venir seront indexés sur le marché. Le responsable commercial a cependant judicieusement souligné qu’il est difficile d’évaluer quand un prix est au plus bas. C’est a posteriori qu’on peut le remarquer, lorsque les cours remontent.
 
« Nous avons toutefois proposé un contrat à prix fixés à certains clients qui consomment énormément et qui l’on accepté. Comment est-ce qu’on fixe un prix ? Ce n’est pas celui d’un mois, comme juin 2021 en particulier, qui va être appliqué sur toute une période donnée. Si on avait décidé de fixer un prix pour 3 ans en juin 2021, on aurait effectué une moyenne en intégrant les prix futurs avant de fixer un prix bloqué qui aurait été applicable 1 an plus tard. Nous serions alors arrivés à 15 euros du MWh », a détaillé le responsable commercial. Pour comparaison, le prix spot était alors de 4,78 euros du MWh.
 

Payer plus cher que le prix du marché

Fonctionner avec des prix fixes suppose donc que les clients acceptent de payer le GNV - au moins sur une période - plus cher que le marché. Ce qui aurait été le cas pendant 6 mois dans le premier exemple vu en fin de paragraphe précédent. A l’inverse, dans un contexte de baisse, le client ne profiterait de meilleurs tarifs que pendant quelque temps, avant de payer le gaz à un prix supérieur ensuite. S’il serait protégé de la volatilité des prix, il ne pourrait en revanche pas profiter des éventuelles baisses du PEG.
 
« Si on avait dû fixer un prix pour 2 ans, entre février 2022 et février 2024, nous serions à 55 euros du MWh », a calculé Marc Courbet, rappelant que le PEG se situait à 115 euros au moment du webinaire.
 
La baisse attendue devrait laisser espérer des prix bien en dessous de 55 euros en 2023 et 2024. Toutefois Endesa a commencé à proposer dès juin 2020 des contrats avec des prix fixés, applicables à partir de juin 2021. « Actuellement, les clients qui ont choisi cette offre son gagnants, mais on ne sait pas ce qui va se passer dans 2 ou 3 ans », analyse le responsable commercial.
 

Des prix fixes accessibles aux transporteurs

Jusque-là réservée à de gros clients industriels, cette stratégie d’achat est accessible à certains transporteurs, éventuellement en se regroupant à 2 professionnels pour que le contrat porte sur un volume minimum de 70 tonnes mensuels de GNV à fournir.
 
Elle fonctionne sur des budgets en carburant, et non plus selon une indexation en provenance du marché. Encore faut-il que les clients de ces entreprises d’acheminement du fret soient d’accord, puisque les tarifs des prestations sont en partie influencés par le coût du GNV.
 
« C’est à vous, transporteurs, de prendre cette décision, en accord avec les donneurs d’ordres, avec vos clients, avec les chargeurs, qui devraient eux aussi avoir une stratégie beaucoup plus orientée budget », a abondé Charles Tartier. Il en a profité pour chiffrer les objectifs Endesa de volumes de biométhane dans les ventes de GNV : « 30 % de bioGNV en 2022, en augmentant de 10 points de pourcentage tous les ans, afin d’atteindre 100 % en 2029 ».

 

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